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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Joachim Lafosse s’inspire de l’affaire de l’Arche de Zoé pour son nouveau film, Les chevaliers blancs. Vincent Lindon est parfait en chef d’ONG ambigu et muré dans ses contradictions. Un drame passionnant et courageux.

"Les chevaliers blancs", un film de Joachim Lafosse

Jacques Arnault, président de l’ONG "Move for kids", a convaincu des familles françaises en mal d’adoption de financer une opération d'exfiltration d'orphelins d’un pays d’Afrique dévasté par la guerre. Entouré d’une équipe de bénévoles dévoués à sa cause, il a un mois pour trouver 300 enfants en bas âge et les ramener en France. Mais pour réussir, il doit persuader ses interlocuteurs africains et les chefs de village qu’il va installer un orphelinat et assurer un avenir sur place à ces jeunes victimes de guerre, dissimulant le but ultime de son expédition...

 

 

Depuis l’excellent Nue propriété, Joachim Lafosse filme des personnages en huis clos souvent prisonnier de conflits relationnels et pris dans une spirale de manipulation. C’était encore le cas avec Elève libre et le somptueux A perdre la raison. « Le thème de l’enfer pavé de bonnes intentions me passionne. Dans ces films, les personnages principaux érigent en loi l’idée qu’ils se font du bien et l’appliquent aux autres sans se soucier des conséquences que cela déclenche » constate le cinéaste belge. Quittant le pur huis clos pour un camp à ciel ouvert, certes, mais fermé comme un pôle isolé en plein désert tchadien, ce cinquième long-métrage s’inspire librement de l’affaire de l’Arche de Zoé, une ONG accusée, en 2007, d’arracher des enfants à leur famille en prétendant sauver des orphelins pour les confier à des foyers français souhaitant adoptant un enfant.

 

Le réalisateur choisit de ne pas faire de surenchère dans l’action et les coups d’éclats guerriers dans un pays violent – le Tchad, tourné au Maroc – mais s’interroge plutôt sur les humanitaires, leurs convictions, leurs doutes, leur attente dans le camp mais aussi les conflits internes et les égarements au sein d’une organisation supposée apporter de l’aide aux populations les plus pauvres. Devant l’absence d’orphelins et la collaboration difficile avec les chefs de village, Jacques (Vincent Lindon, parfait) voit son groupe se déliter et refuse d’admettre que tout s’effondre autour de lui. Joachim Lafosse se range du côté des victimes – les villageois – mais sans tomber dans le manichéisme (l’argent devient le moteur de toutes les vicissitudes). C’est, une fois de plus, le mal ordinaire que filme le cinéaste, au cœur de ce groupe d’humanitaires partis avec de belles intentions qui vont voler en éclats devant la réalité et l’obligation de « résultats » (les familles françaises ont payé pour avoir des enfants – orphelins ou non). Le casting complété par Reda Kateb (remarquable), Valérie Donzelli, Louise Bourgoin et Bintou Rimtobaye (révélation) est exceptionnel jusque dans ses seconds et troisièmes rôles. Un film éprouvant sur une dure réalité et qui apporte, après l'avoir effleurée dans A perdre la raison, une réflexion ambigüe et courageuse sur le post-colonialisme.

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