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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Quelques mois après son décès, le public peut découvrir l’ultime réalisation de Chantal Akerman, No home movie. Un documentaire bouleversant sur une relation mère-fille fusionnelle et aussi le désir de voler des instants à la mort, ne serait-ce que par la banalité du quotidien.

"No home movie", un film de Chantal Akerman

"Parce que ce film est avant tout un film sur ma mère, ma mère qui n'est plus. Sur cette femme arrivée en Belgique en 1938 fuyant la Pologne, les pogroms et les exactions. Cette femme qu'on ne voit que dans son appartement. Un appartement à Bruxelles. Un film sur le monde qui bouge et que ma mère ne voit pas."

 

 

La figure de la mère irrigue tout le cinéma de Chantal Akerman, qu’il s’agisse de News from home bien sûr ou de son chef-d’œuvre absolu Jeanne Dielman, 23 quai du commerce, 1080 Bruxelles. La mort aussi fait partie des obsessions de la cinéaste, depuis son tout premier court-métrage, Saute ma ville, en 1968, alors qu’elle n’a que 18 ans. No home movie est construit de longs plans fixes alternant les voyages de la réalisatrice de New York au désert israélien et des moments de vie dans l’appartement bruxellois de la maman, filmé comme un cocon, quasiment originel. Dans le tout premier plan du film, on observe un arbre secoué par un vent très violent, un arbre qui plie mais ne rompt pas, à l’image de Natalia, la mère de Chantal Akerman, née en Pologne, rescapée d’Auschwitz et veuve trop tôt. Finalement, cette mère adorée meurt en avril 2014, à 86 ans, et sa fille choisira de se suicider un an et demi plus tard, pour rejoindre celle qui restera son âme sœur.

 

Avec pudeur, la caméra de Chantal Akerman est toujours située à bonne distance, dans un coin de la cuisine ou du salon, plaçant le spectateur comme témoin et non voyeur de cette relation intense, cette « conversation avec maman » pour reprendre le titre d’un texte de Marcel Proust que la cinéaste affectionne. Au cours d’une passionnante discussion pendant un repas et évoquant les souvenirs du passé, se mêlent les drames de la guerre autant que des détails « proustiens » justement comme des lacets toujours défaits qui attendrissent tant la mère. Une autre discussion dans cette même cuisine, cette fois avec une aide à domicile dont on comprend qu’elle ne parle que très peu français, prend un tour tragi-comique quand cette femme se réjouit de la confession de la réalisatrice sur la déportation de sa famille et sourit en toute innocence, comme par politesse. Et puis, il y a ces déchirantes conversations par Skype quand Chantal Akerman est à l’autre bout du monde et ne parvient pas à raccrocher, disant plusieurs fois « au revoir » et filmant sa mère sur l’écran de si près (comme pour la garder tout près d’elle) que la vieille dame devient un amas de pixels.

 

Entre les voyages de la réalisatrice, sa mère s’éteint peu à peu et la caméra capte alors de longs plans-séquences sur le désert, comme un lent chemin vers une mort aussi inéluctable que redoutée. Peu à peu aussi, quand nous revenons dans l’appartement, l’image de la mère s’efface, elle s’assombrit, sa frêle silhouette se loge bientôt dans un coin du cadre avant de ne plus apparaître, dans un ultime plan d’un « silence de mort » qui bouleverse d’autant plus qu’il est le dernier plan de la riche filmographie de Chantal Akerman.

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