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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

André Téchiné revient au meilleur de sa forme avec Quand on a 17 ans, qui célèbre les grands thèmes du cinéaste : violence du désir, trouble des émotions contraires et adolescence. Un grand cru.

"Quand on a 17 ans", un film de André Téchiné

Damien, 17 ans, fils de militaire, vit avec sa mère médecin, pendant que son père est en mission. Au lycée, il est malmené par un garçon, Tom. La violence dont Damien et Tom font preuve l'un envers l'autre va évoluer quand la mère de Damien décide de recueillir Tom sous leur toit.

 

 

En toute discrétion, André Téchiné fait mine de rien partie du paysage cinématographique français depuis près de 50 ans. Qu’il s’agisse de filmer sa muse Catherine Deneuve (sept films ensemble dont les immenses Hôtel des Amériques et Ma saison préférée), l’adolescence (Les roseaux sauvages, César 1995 du meilleur film) ou le trouble du désir, le cinéaste compte dans sa filmographie plusieurs pièces de choix. Après une petite perte d’inspiration ces dernières années, Téchiné revient très en forme avec Quand on a 17 ans, notamment grâce aux deux interprètes exceptionnels, Kacey Mottet Klein (qui brille déjà dans Keeper sorti une semaine plus tôt) et l’éblouissant Corentin Fila dans un premier rôle qui lui vaudra à coup sûr une nomination au César du meilleur espoir masculin.

 

Le très beau générique donne le ton : des routes de montagnes en été parcourues à vive allure, comme une course après la vie, jusqu’à un tunnel dont la sortie dont transporte en plein cœur de l’hiver. Sur trois trimestres, Téchiné va nous montrer les rapports ambigus entre Damien, blondinet fils d’une mère médecin généraliste et d’un père militaire absent, et Tom, jeune métis adopté par des éleveurs modestes. Comme des aimants, tout les oppose et tout les attire. Dans la même classe de terminale, les deux ados se battent, se provoquent, se toisent. Lorsque la mère de Tom doit être hospitalisée et que ce dernier vient habiter quelque temps chez Damien, la rivalité bat son plein, avec une violence qui révèle évidemment un désir caché – on est tout de même chez Téchiné. La mère de Damien (Sandrine Kiberlain, parfaite dans ce très beau personnage) semble elle aussi fascinée par le beau Tom et le désigne, inconsciemment, comme l’objet du désir pour son fils dont l’homosexualité se dessine, avec tout le conflit intérieur inhérent à l’adolescence. Le jeune homme est un « fils à maman » qui aime cuisiner mais va s’entraîner au combat chez son voisin ex-militaire pour « apprendre à se défendre ».

 

André Téchiné a fait appel à Céline Sciamma pour l’écriture du scénario. La réalisatrice de Tomboy et Naissance des pieuvres apportent une jeunesse nouvelle au cinéaste, grâce à son talent pour la quête adolescente de l’identité sexuelle. Si Les roseaux sauvages se situait pendant la Guerre d’Algérie, Quand on a 17 ans prend pour toile de fond la guerre en Afghanistan où le père de Damien est pilote dans l’armée. Cet arrière-plan diffuse une angoisse sourde qui irrigue le film et ajoute aux questionnements intimes de Damien, effrayé par son homosexualité, et de Tom, lui aussi troublé par cette relation, même si sa sexualité reste plus mystérieuse. Le réalisateur prend son temps et semble repousser sans cesse le moment où le désir entre ces deux garçons va fatalement devoir être consommé. André Téchiné signe l’un de ses plus beaux films et offre une séquence finale lumineuse, faisant mentir Schopenhauer quand il dit que « le désir ne tient jamais ses promesses ». Le cinéma de Téchiné, lui, les tient avec ardeur.  

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