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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Avec son premier film, Blind Sun, la Française Joyce A. Nashawati frappe fort. Une mise en scène remarquable, une photographie somptueuse et une métaphore politique intelligente, voici le programme de ce film d’une « inquiétante étrangeté » aux accents parfois lynchéens.

"Blind Sun", un film de Joyce A. Nashawati

Grèce. Futur proche. Une station balnéaire frappée par une vague de chaleur. L’eau se fait rare et la violence est prête à exploser. Ashraf, immigré solitaire, garde la villa d’une famille française en son absence. Dans ce paysage aride, écrasé par le soleil, il est arrêté par un policier pour un contrôle de papiers…

 

 

Blind Sun est un objet atypique dans le paysage cinématographique français – et d’autant plus pour un premier long-métrage. Dans une Grèce écrasée par un été caniculaire, Ashraf, un immigré taciturne, dont on ne saura jamais d’où il vient, garde la villa d’un riche couple d’expats français. L’acteur principal, Ziad Bakri, qui porte le film de bout en bout, est épatant. Dès les premières images, le soleil aveugle autant les personnages que le spectateur – Yorgos Arvanitis, le directeur de la photographie historique de Theo Angelopoulos, fait un travail remarquable sur la lumière et les jeux d’ombre. On pense parfois au bush australien filmé par Ted Kotcheff dans Wake in Fright (1971), dont l’affiche est d’ailleurs proche.

 

Confronté au racisme des policiers qui lui confisque arbitrairement son titre de séjour, Ashraf sent rapidement qu’un piège se referme sur lui, tout autant que celui de la chaleur accablante. Alors qu’il garde la luxueuse villa, d’étranges phénomènes apparaissent – dégradation de la maison, ombre qui passe, visite d’une voisine peu commune. La science-fiction vient s’immiscer dans un récit qui va, peu à peu, perdre le spectateur et le protagoniste dans les méandres d’une menace sourde. La mise en scène minimaliste de Joyce A. Nashawati joue sur les espaces intérieur / extérieur, la lumière ici inquiétante et une ambiance sonore qui diffuse une angoisse crescendo. On n’est pas loin de Lynch parfois, mais on pourrait tout aussi bien rapprocher certaines séquences du giallo à la Dario Argento. Dans tous les cas, la jeune réalisatrice joue sur un décalage entre le réalisme des lieux et des situations confronté l’apparition de phénomènes inexpliqués. En filigrane, le film est aussi une belle métaphore politique, celle des angoisses et des fantasmes liés à l’immigration, sujet lui aussi brûlant dans la crise que traverse l’Europe actuellement et dont le film se fait ici l’écho. Paranoïa, agression xénophobe ou surnaturelle ? Le mystère persiste et envoûte le spectateur jusqu’à un plan final évasif qui porte en lui cette « inquiétante étrangeté » revendiquée par la cinéaste.

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