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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Mia Hansen-Løve offre à Isabelle Huppert le rôle d’une prof de philo face à une liberté aussi nouvelle qu’inattendue dans son cinquième long-métrage, L’avenir. Ours d’argent à Berlin, la réalisatrice signe son meilleur film.

"L'avenir", un film de Mia Hansen-Løve

Nathalie est professeur de philosophie dans un lycée parisien. Passionnée par son travail, elle aime par-dessus tout transmettre son goût de la pensée. Mariée, deux enfants, elle partage sa vie entre sa famille, ses anciens élèves et sa mère, très possessive. Un jour, son mari lui annonce qu’il part vivre avec une autre femme. Confrontée à une liberté nouvelle, elle va réinventer sa vie.

 

 

Après un film sur la jeunesse de son frère (Eden en 2014), Mia Hansen-Løve s’inspire de sa propre mère pour son cinquième long-métrage, récompensé assez justement de l’Ours d’argent de la meilleure réalisation lors de la Berlinale 2016. La jeune réalisatrice est la fille de deux profs de philo, comme les personnages incarnés par Isabelle Huppert et André Marcon, et s’est servie d’éléments personnels pour ce scénario écrit avant le tournage d’Eden. Nathalie voit son monde s’effondrer lorsque son mari la quitte, que sa mère envahissante est placée dans une maison de retraite médicalisée, que son éditeur la remercie et que ses enfants vivent leur propre vie : seule, désormais, elle a devant elle un champ des possibles vertigineux.

 

Le film tient en grande partie sur l’interprétation d’Isabelle Huppert, magistrale encore une fois, avec ce qu’il faut d’humour et de mélancolie pour camper ce personnage qui va se retrouver, à bientôt soixante ans, face à ce qu’elle a fait de sa vie. Accorde-t-elle vraiment sa vie aux principes qu’elle enseigne ? Qu’a-t-elle fait de ses convictions ? C’est à ces questions que va la confronter un jeune homme (Roman Kolinka, parfait), ancien élève chéri désormais auteur dans sa collection philosophique et qui décide de s’établir à la campagne pour suivre un idéal libertaire. La finesse du film est de ne jamais se poser comme juge de ses personnages : ni les lycéens en grève ni l’immobilisme apparent de la prof de philo ne sont moqués ou caricaturés. Au cœur de ce film, face à l’incertitude de l’avenir, l’amour des livres et le goût pour la pensée critique semblent être le jalon d’une vie qui chancèle et va devoir trouver un nouvel équilibre. Ce n’est pas un hasard si le film s’ouvre sur une visite à la tombe de Chateaubriand, sur l’île du Grand Bé, face à Saint-Malo. On peut penser à son poème « Nous verrons » qui nous dit : « Le passé n’est rien dans la vie / Et le présent est moins encor / C’est à l’avenir qu’on se fie / Pour donner joie et trésor (…) Mais cet avenir plein de charmes / Qu’en est-il lorsqu’il est arrivé ? » Entre espoir et mélancolie, Mia Hansen-Løve signe son film le plus passionnant et offre à Isabelle Huppert l’un de ses plus beaux rôles de ces dernières années.

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