Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Après dix ans d’absence au cinéma, Paul Verhoeven faisait son retour en grandes pompes à Cannes avec Elle, sélectionné en compétition officielle et injustement reparti bredouille. Un thriller à la mise en scène virtuose, avec un humour à froid et une prestation exceptionnelle d’Isabelle Huppert.

"Elle", un film de Paul Verhoeven

Michèle fait partie de ces femmes que rien ne semble atteindre. À la tête d'une grande entreprise de jeux vidéo, elle gère ses affaires comme sa vie sentimentale : d'une main de fer. Sa vie bascule lorsqu’elle est agressée chez elle par un mystérieux inconnu. Inébranlable, Michèle se met à le traquer en retour. Un jeu étrange s'installe alors entre eux. Un jeu qui, à tout instant, peut dégénérer.

 

 

La carrière de Paul Verhoeven est parfois difficile à suivre, entre sa période hollandaise, ses succès hollywoodiens, le triomphe de Basic Instinct ou son retour en Europe avec Black Book. Grâce à l’impulsion du producteur Saïd Ben Saïd, le cinéaste néerlandais signe son premier film français en adaptant le roman Oh… de Philippe Djian. Toujours aussi provocateur, Verhoeven trouve en Isabelle Huppert l’interprète idéale pour ce personnage ambigu et vénéneux. Il est incompréhensible que le jury cannois présidé par George Miller soit à ce point passé à côté du film, ne lui accordant aucun prix, pas même le Prix d’interprétation pour une Huppert pourtant au sommet de son art, dans une prestation à mi-chemin entre La pianiste de Haneke et les héroïnes de Chabrol.

 

L’entrée en matière est forte. A la fin du générique d’ouverture, sur un écran noir résonnent les bruits d’une agression Apparaît alors un paisible chat qui observe tranquillement une scène dont nous découvrons tardivement le contre-champ : le viol d’une femme. Après cette agression sauvage, « elle » range le désordre, jette ses vêtements, prend un bain (dont la mousse est tâchée de sang au niveau du sexe) et commande des sushis. Tout le film de Verhoeven va se construire autour de ce drame inaugural, mais la résolution – rapide – de l’énigme (qui est le violeur ?) ne semble pas être sa préoccupation principale. A la manière d’un Chabrol, ou même d’un Haneke, il croque une bourgeoisie française malade de ses secrets et de ses fantasmes enfouis. Les hommes y sont faibles (amant bête, ex-mari lâche, fils « sans envergure » selon sa propre mère) et Michèle (Isabelle Huppert, parfaite) est le centre solide de ce microcosme.

 

Habitée par un passé tragique qu’elle raconte avec un détachement et une ironie assez drôles lors d’un repas de Noël, Michèle est aussi traversée de désirs contraires et violents qui la poussent à humilier parfois son entourage (en couchant avec le mari de sa meilleure amie, en soumettant une vérité douloureuse à son fils, etc.) et ses employés. « Elle » est surtout habitée de fantasmes sexuels déviants que l’expérience de son viol et la découverte de l’identité de son agresseur vont réveiller. La seconde partie du film dévoile justement une relation passionnelle entre deux « monstres sexuels » sans que jamais – et c’est sa grande force – le cinéaste ne se place en juge moral. Grand connaisseur du cinéma de Hitchcock, Paul Verhoeven tisse un thriller machiavélique et délicieusement amoral à la mise en scène géniale, toute en rappels et en correspondances. Isabelle Huppert y est parfaite, à l’aise comme un poisson dans l’eau dans ce registre.

Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog