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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Bruno Dumont confirme son virage vers la comédie avec Ma Loute, son nouveau film, en compétition au Festival de Cannes 2016. Mêlant drame, polar et burlesque, le cinéaste offre un spectacle hors norme qui pourrait lui valoir une Palme d’or.

"Ma Loute", un film de Bruno Dumont

Eté 1910, Baie de la Slack dans le Nord de la France. De mystérieuses disparitions mettent en émoi la région. L'improbable inspecteur Machin et son sagace Malfoy (mal)mènent l'enquête. Ils se retrouvent bien malgré eux, au cœur d'une étrange et dévorante histoire d'amour entre Ma Loute, fils ainé d'une famille de pêcheurs aux mœurs bien particulières et Billie de la famille Van Peteghem, riches bourgeois lillois décadents.

 

 

Qui suit le travail de Bruno Dumont depuis une vingtaine d’années aura été dérouté par sa mini-série P’tit Quinquin, succès critique et public sur Arte en septembre 2014 après une présentation triomphale à Cannes. L’auteur du Nord avait habitué les cinéphiles à des drames puissants incarnés par des acteurs non professionnels. Son premier film, génial, La vie de Jésus, a reçu une Mention Spéciale à la Caméra d’or en 1997 avant que son chef-d’œuvre L’humanité n’obtienne un Grand Prix et une double Prix d’interprétation en 1999. Dumont recevra un deuxième Grand Prix en 2006 pour Flandres. Son grand retour à la compétition avec Ma Loute pourrait bien lui valoir sa première Palme d’or – en tout cas, il paraît presque impossible que le film soit absent du palmarès.

 

Fabrice Luchini, Valeria Bruni Tedeschi, Juliette Binoche (première star à pénétrer l’univers Dumont en 2013 dans le très beau Camille Claudel 1915)… Jamais le réalisateur n’aura donné tant de place à des acteurs professionnels. Mais c’est pour mieux les tordre, les déformer. Il faut voir Luchini en bourgeois fin de race méconnaissable avec une diction et une démarche improbables. Face à ces « gros bourgeois » dégénérés, passant l’été dans leur villa perchée sur les hauteurs de la baie de la Slack, des prolos, vivant au niveau de la mer, tout aussi dégénérés car chez Dumont, personne n’échappe à l’entreprise de démolition. Entre ces deux mondes, deux flics, un gros et un maigre, façon Laurel et Hardy, enquêtent sur de mystérieuses disparitions. On pense au burlesque du cinéma muet et à Jacques Tati en voyant le commissaire Machin (c’est son nom) chuter et rouler le long de la dune, faisant des bruits de ballons de baudruche que l’on frotte au moindre déplacement. Le film est très drôle, souvent d’un humour assez glaçant, brocardant tant les bourgeois que les pauvres, réservant toutefois un ilot de douceur avec une romance étrange entre l’enfant de prolos Ma Loute (Brandon Lavieville) et l’enfant de bourgeois Billie, ado androgyne d’une beauté inouïe (le plan de bain nu de dos est à couper le souffle) et dont le mystère persiste jusqu’à son interprète nommé « Raph » dont on ne connaîtra pas le genre. C’est là la force du cinéma de Dumont, une immense poésie dans un monde sordide, un surgissement du fantastique quand on s’y attend le moins, une audace folle qui ose utiliser un jeu théâtral si grotesque qu’il en devient émouvant, une mise en scène tellement maîtrisée qu’elle peut tout se permettre. Avant de s’atteler à la suite de P’tit Quinquin et à un film chanté sur Jeanne d’Arc, Bruno Dumont pourrait bien offrir à la France sa huitième Palme d’or ou à Fabrice Luchini un Prix d’interprétation quelques mois après celui obtenu à Venise pour L’hermine. Verdict le 22 mai.

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