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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Après Alexandre Arcady, Richard Berry s’inspire à son tour de l’affaire Ilan Halimi pour son nouveau film, Tout, tout de suite. Un polar tendu qui restitue l’horreur avec justesse et pudeur.

"Tout, tout de suite", un film de Richard Berry

Des portes explosent. Les policiers casqués, armés font irruption de nuit dans des appartements, cris, coups : défilent à l’écran les visages des interpellés. Des beurs, des blacks, des blancs. Tous ont moins de vingt ans. Ceux que la presse appellera les « barbares ». On est en février 2006. La police quelques heures plus tôt a trouvé le corps moribond d’Ilan (Halimi) sur le bord d’une route à Sainte-Geneviève-des-Bois, nu, brûlé à 80 %. Kidnappé, il a été séquestré pendant 24 jours. Il était juif. Et donc supposé avoir de l’argent. Par flash-back, le film déroule alors le fil des événements depuis le kidnapping. Courses poursuites entrecoupées de scènes où on assiste au calvaire de la victime. Moderne danse macabre qui en dit long sur la « marche » de nos sociétés.

 

 

En 2006, le calvaire enduré par Ilan Halimi bouleverse la France entière. Alexandre Arcady en tirera un film détestable en 2014 (24 jours), adapté du récit de la mère. Deux ans plus tard, Richard Berry, qui en est à sa sixième réalisation, choisit un autre point de vue en adaptant le roman Tout, tout de suite de Morgan Sportès, Prix Interallié en 2011. C’est ce même écrivain que Bertrand Tavernier avait adapté en 1995 pour son beau film L’appât sur un sujet proche – avec déjà Richard Berry à l’affiche mais en tant qu’acteur. Il est toujours extrêmement délicat de livrer ce type de fait divers au cinéma tant le sujet est sensible et Alexandre Arcady avait échoué en signant un pamphlet sans pudeur. Richard Berry s’en sort mieux.

 

Le film de Richard Berry s’intéresse à l’élaboration du rapt antisémite de Fofana et au basculement dans l’abjection la plus totale, dépassant d’ailleurs la plupart de ses complices, pris dans un engrenage dirigé par la folie de Youssouf Fofana. La mise en scène nerveuse, caméra à l’épaule, place – heureusement – hors champ les scènes de torture les plus éprouvantes sans pour autant éluder la violence ou tenter de minimiser les actes indéfendables des agresseurs. Le choix de Berry d’une certaine pudeur sert le sujet. On reste, évidemment, effaré devant l’accomplissement d’un enlèvement aussi odieux, et le film a l’intelligence de montrer Fofana (remarquablement interprété par Steve Achiepo) non pas comme un idiot, un fou furieux éructant (ce qui était le cas chez Arcady) mais bien plutôt comme un antisémite sans excuse qui voit son plan lui échapper, ramenant ce voyou à sa nature infâme.

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