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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Quelques mois après Les chevaliers blancs, Joachim Lafosse troque les étendues africaines contre une maison citadine dans lequel il enferme Bérénice Béjo et Cédric Kahn. L’économie du couple dissèque brillamment le désamour grâce à une magnifique interprétation et une mise en scène au cordeau.

"L'économie du couple", un film de Joachim Lafosse

Après 15 ans de vie commune, Marie et Boris se séparent. Or, c'est elle qui a acheté la maison dans laquelle ils vivent avec leurs deux enfants, mais c'est lui qui l'a entièrement rénovée. A présent, ils sont obligés d'y cohabiter, Boris n'ayant pas les moyens de se reloger. A l'heure des comptes, aucun des deux ne veut lâcher sur ce qu'il juge avoir apporté.

 

 

Depuis ses débuts, Joachim Lafosse ne cesse d’explorer les dysfonctionnements familiaux couplés à des problèmes matériels dans des rapports toujours inégaux. L’intense Nue Propriété se construisait déjà sur un père rejeté par une ex-femme (Isabelle Huppert) qui a décidé, contre l’avis de ses fils, de vendre la maison familiale. L’excellent A perdre la raison additionnait les problèmes de couple aux soucis financiers. Après une épopée africaine en début d’année (Les chevaliers blancs), le réalisateur belge retrouve ses thèmes de prédilection dans un huis-clos particulièrement maîtrisé et captivant.

 

L’immense amour qui a uni Marie et Boris a fait place au mépris, comme Bardot et Piccoli chez Godard, mais avec une violence plus grande qui confine à la haine. Joachim Lafosse renvoie chacun à sa mesquinerie (elle l’humilie sans cesse avec son argent quand il refuse de partir sans obtenir ce qu’il estime être sa « part du gâteau ») et, pire, les jumelles deviennent spectatrices de ce déchirement conjugal. Dans cet espace confiné (la maison) qu’on ne quittera que quelques minutes, le cinéaste enferme ses personnages voués à la rancœur et aux bassesses. La caméra virevolte dans la maison au cours d’habiles plans-séquences dont la fluidité est rompue par des règlements de compte – au sens propre – qui figent le couple dans des champs / contrechamps cruels. Au cœur de cet affrontement, comme le titre l’indique, c’est « l’économie du couple » qui se joue alors que Bérénice Béjo (dans son meilleur rôle) ne cesse de refaire des comptes que Cédric Kahn (convaincant) conteste toujours. Le réalisateur s’intéresse autant au désamour (un thème récurrent du cinéma) qu’aux difficultés économiques d’aujourd’hui qui poussent ces deux anciens amoureux à cohabiter alors qu’il n’y a justement plus d’amour. Parfois étouffant, le film trouve une respiration inattendue lors d’une séquence sublime de chorégraphie familiale sur un tube de Maître Gims a priori aux antipodes de l’univers du cinéaste. Avec cette chanson populaire, on pense à la séquence déchirante sur Femmes je vous aime de Julien Clerc dans A perdre la raison. Joachim Lafosse s’impose définitivement comme un grand nom du cinéma francophone.

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