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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Après le succès de L’inconnu du lac, Alain Guiraudie fait une proposition nouvelle avec son cinquième long-métrage, Rester vertical. Le cinéaste célèbre la liberté et le combat contre la peur, distillant une métaphore politique intéressante.

"Rester vertical", un film de Alain Guiraudie

Léo est à la recherche du loup sur un grand causse de Lozère lorsqu’il rencontre une bergère, Marie. Quelques mois plus tard, ils ont un enfant. En proie au baby blues, et sans aucune confiance en Léo qui s’en va et puis revient sans prévenir, elle les abandonne tous les deux. Léo se retrouve alors avec un bébé sur les bras. C’est compliqué mais au fond, il aime bien ça. Et pendant ce temps, il ne travaille pas beaucoup, il sombre peu à peu dans la misère. C’est la déchéance sociale qui le ramène vers les causses de Lozère et vers le loup.

 

 

Si Rester vertical marque la première entrée en compétition officielle d’Alain Guiraudie à Cannes, le réalisateur est un habitué du festival via la Quinzaine des Réalisateurs (Ce vieux rêve qui bouge en 2001 et Le roi de l’évasion en 2009) et Un Certain Regard (L’inconnu du lac en 2013, son premier succès en salles). Le titre de ce cinquième long-métrage est venu au cinéaste durant ses recherches autour du loup, en amont du film, quand il apprit que pour cet animal sauvage, la position verticale de l’homme lui inspire le respect et la crainte. L’inconnu du lac était dépouillé, sa mise en scène affichant sa maîtrise, son scénario progressant sans flancher. Rester vertical semble avoir été pensé « contre » le film précédent dans un désir de recherche : nous sommes ici entre les causses de Lozère, la Bretagne et le marais poitevin, suivant les allers-retours d’un scénariste en panne d’inspiration (un autoportrait déguisé ?) aux prises avec différents personnages qu’il va poursuivre comme fuir. Car il est beaucoup question de fuite en avant.

 

Souvent déroutant, le film semble hésiter parfois entre rêverie et réalité sociale. Aux séquences oniriques du marais poitevin (avec l’excellente Laure Calamy) répondent les considérations très concrètes autour de la présence du loup sur les terres des bergers. A ce sujet, le cinéaste s’interroge : « Si on veut encore des brebis élevées en plein air, un pastoralisme traditionnel, il faut supprimer le loup. (…) Est-ce que c’est si important d’avoir des loups en France ? En creusant la question du loup (…) j’ai découvert combien ce problème concret pouvait devenir une métaphore, une métaphore politique mais aussi existentielle. » Avec humour et un goût pour le décalage, Alain Guiraudie interroge tout de même des sujets très contemporains (euthanasie, solitude rurale, perception de l’homosexualité en milieu rural) dont le principal rejoint l’actualité de ces dernières années : avant de vouloir supprimer l’étranger perçu comme menaçant, il faut apprendre à combattre la peur. La séquence finale, superbe, de ce film finalement assez politique nous invite à cela, ni plus ni moins.

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