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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

En compétition officielle au Festival de Cannes 2016, Sieranevada est le nouveau long-métrage de Cristi Puiu. Le cinéaste continue d’explorer, entre humour et gravité, l’âme humaine et la société roumaine. Entre les petites histoires et la grande, un très grand film, magistralement écrit, interprété et filmé.

"Sieranevada", un film de Cristi Puiu

Quelque part à Bucarest, trois jours après l'attentat contre Charlie Hebdo et quarante jours après la mort de son père, Lary - 40 ans, docteur en médicine - va passer son samedi au sein de la famille réunie à l'occasion de la commémoration du défunt. L'évènement, pourtant, ne se déroule pas comme prévu. Les débats sont vifs, les avis divergent. Forcé à affronter ses peurs et son passé et contraint de reconsidérer la place qu'il occupe à l'intérieur de la famille, Lary sera conduit à dire sa part de vérité.

 

 

Révélé en 2005 avec La mort de Dante Lazarescu, périple ubuesque d’une infirmière entre divers services d’urgences avec son malade alcoolique dans une Roumanie post-Ceausescu, Cristi Puiu signe cette fois un huis-clos tourné quasiment intégralement dans un appartement de faubourgs de Bucarest. Sieranevada, volontairement mal orthographié, évoque le western et les montagnes enneigées qui, selon le cinéaste, « ressemblent aux immeubles communistes, des chaînes de blocs de pierres claires. » En janvier 2015 (l’attentat contre Charlie Hebdo survenu quelques jours plus tôt est évoqué), une famille se réunit pour une tradition orthodoxe de célébration de la mort d’un être cher (le père de famille) : son âme, qui a erré pendant quarante jours, s’apprête à quitter définitivement l’étroit appartement familial.

 

Pendant près de trois heures, Cristi Puiu nous invite dans un petit appartement où se réunissent une quinzaine de personnes avec des mouvements de caméra suivant l’action comme d’un regard au cours de plans-séquences magistraux. La galerie des personnages est savoureuse : une vieille apparatchik du régime de Ceausescu provoque la colère d’une nièce orthodoxe, une mère de famille qui tente de préserver la tradition, une tante désespérée par les tromperies de son mari, un fils obsédé par les thèses conspirationnistes autour du 11 septembre, un médecin affamé qui ne pense qu’à passer à table, un prêtre très en retard… La force de Sieranevada est dans la qualité de ses dialogues et de sa mise en scène qui ne suscite jamais l’ennui malgré la durée du film (2h53). Au cours d’un long et délirant débat sur les thèses qui fleurissent sur internet autour de l’attentat contre le World Trade Center, c’est aussi à la Roumanie que l’on pense, avec l’opacité sur la chute de Ceausescu en 1989, deux ans avant l’effondrement du bloc communiste, et le contrôle des communications. Les convives font le lien entre l’ancien monde et la société moderne, les espoirs déçus et les regrets. Le réalisateur ne laisse de côté aucun personnage, basculant de l’un à l’autre, d’une pièce à l’autre aussi, avec une maîtrise et une fluidité qui forcent l’admiration dans un jeu de portes qui s’ouvrent et se referment pas si éloigné du vaudeville. Passionnant d’un bout à l’autre, jamais ennuyeux et souvent très drôle, Sieranevada est la belle surprise de cet été – on reste ébahi que le film soit reparti bredouille de la compétition cannoise.

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