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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Xavier Dolan adapte la plus célèbre pièce de Jean-Luc Lagarce, Juste la fin du monde, et convoque un casting all stars pour son sixième long-métrage. Un drame de l’incommunicabilité couronné du Grand Prix au Festival de Cannes 2016.

"Juste la fin du monde", un film de Xavier Dolan

Après douze ans d’absence, un écrivain retourne dans son village natal pour annoncer à sa famille sa mort prochaine. Ce sont les retrouvailles avec le cercle familial où l’on se dit l’amour que l’on se porte à travers les éternelles querelles, et où l’on dit malgré nous les rancœurs qui parlent au nom du doute et de la solitude.

 

 

Sixième film de Xavier Dolan en sept ans, Juste la fin du monde a obtenu le prestigieux Grand Prix lors du Festival de Cannes 2016 – deux ans après le Prix du Jury pour Mommy et son triomphe en salles avec plus d’un million d’entrées. Il n’y a rien de vraiment surprenant à voir le jeune cinéaste adapter Jean-Luc Lagarce (l’auteur dramatique le plus joué en France) tant leurs univers se recoupent en des points thématiques : l’homosexualité, la famille, la honte de soi, les secrets, la mort prématurée. Avec un casting all stars (Nathalie Baye, Vincent Cassel, Marion Cotillard, Léa Seydoux, Gaspard Ulliel, tous excellents), Xavier Dolan signe donc un film à la fois très personnel et fidèle à l’esprit de Lagarce.

 

Ce nouveau film semble construit en opposition à Mommy, qui était aussi lumineux que Juste la fin du monde est sombre, comme filmé dans une nuit bleutée alors qu’il s’agit d’un dimanche après-midi. Dolan fait le choix d’une certaine sobriété et enferme ses personnages dans le cadre (de nombreux plans serrés) et dans une maison dont on ne sortira que le temps de courts flashbacks (ou réminiscences) ou d’une séquence incroyable en voiture dans laquelle les deux frères ne quittent pas l’habitacle. Ce qui est particulièrement bouleversant dans la pièce de Lagarce et dans le film de Dolan, c’est cette incapacité des personnages à communiquer, à se dire qu’ils s’aiment. La langue de Lagarce, respectée par Dolan, est la clef de voûte de l’ensemble, entièrement faite d’hésitations, de balbutiements – chez Lagarce, on pense à haute voix.

 

Xavier Dolan place Louis (son double ?) au cœur de cette réunion familiale mais pourtant toujours en retrait, puis tour à tour en tête-à-tête avec chacun d’entre eux. Parmi les plus belles séquences, un long regard échangé entre Gaspard Ulliel et Marion Cotillard qui résume l’idée entière du film (« on ne se connaît pas » pourrait être son slogan, ou une espèce de mantra), mais aussi une étrange étreinte entre mère et fils (Nathalie Baye, exceptionnelle) qui suspend le temps ou une mise au point finale qui serre le cœur. Entre ces détails d’une infinie délicatesse et les habituelles fulgurances « dolanniennes » au kitsch assumé (le score original de Gabriel Yared côtoie le tube mythique Dragosta din tei du boys band roumain O-Zone), Xavier Dolan signe un grand film, preuve que sa mise en scène, sa fougue, son appétit de cinéma ne cessent de fasciner, de bouleverser et d’offrir de grands moments aux spectateurs.

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