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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Bertrand Bonello filme une jeunesse désenchantée dans son nouveau long-métrage, Nocturama. Un constat fascinant et désespéré qui aborde le terrorisme en se plaçant en décalage par rapport à la réalité.

"Nocturama", un film de Bertrand Bonello

Paris, un matin. Une poignée de jeunes, de milieux différents.  Chacun de leur côté, ils entament un ballet étrange dans les dédales du métro et les rues de la capitale.  Ils semblent suivre un plan. Leurs gestes sont précis, presque dangereux.  Ils convergent vers un même point, un Grand Magasin, au moment où il ferme ses portes.  La nuit commence. 

 

 

Ecrit avant les attentats de janvier 2015 et tourné avant ceux du 13 novembre de la même année, le nouveau film de Bertrand Bonello a des résonnances tragiques avec l’actualité. EN réalité, le cinéaste nourrit ce projet depuis plusieurs années. Après deux films d’époque (les somptueux L’Apollonide et Saint Laurent), Bonello a eu envie de revenir à quelque chose de contemporain. « Le film est venu à la fois d’un ressenti du monde dans lequel nous vivons et de désirs formels cinématographiques » précise-t-il.

 

Nocturama est clairement découpé en deux parties. La première suit des jeunes venus d’horizons très différents dans la préparation d’attentats touchant des cibles symboliques : banque, tour à La Défense, Ministère de l’Intérieur, statue de Jeanne d’Arc… La mise en scène de Bonello est millimétrée, rappelant parfois Bresson ou Melville dans l’attention portée aux gestes. Peu de choses sont explicitées dans cette première partie, à l’exception de quelques flashbacks. Dans la seconde partie, après les attentats, ces mêmes jeunes sont réunis dans un grand magasin où ils se cachent pour la nuit. Ce temple de la consommation et du capitalisme concentre tout ce qu’ils semblent pourtant combattre mais ils résistent difficilement à l’attrait des produits de luxe. « Les grands magasins (…) sont la recréation du monde à l’intérieur du monde. Tout y est. Toute la « vie » est là, de la baignoire à la nourriture, du lit aux télévisions ... c’est aussi un symbole du consumérisme de notre époque, y compris dans sa virtualité » souligne le cinéaste.

 

Ce qui est fascinant dans Nocturama, c’est comment la mise en scène de Bonello prend le parti de s’éloigner de toute volonté de réalisme, alors même que les chaînes d’info nous ont abreuvés d’images de terroristes retranchés, d’attaques et de traques. On ne connaît jamais vraiment les motivations profondes de chacun mais c’est une accumulation de désespoir pour toutes les « couches » sociales de la jeunesse, du mec de cité au fils à papa qui prépare Science-Po. Bonello ne cherche pas à excuser les actes terroristes, juste à montrer ce qu’une jeunesse à bout peut fomenter. D’aucuns trouveront la démarche irresponsable, il s’agit d’un film subversif, jusque dans la très belle séquence sur le My Way de Shirley Bassey avec un jeune acteur (Hamza Meziani) stupéfiant.

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