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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Rafi Pitts, cinéaste iranien interdit de séjour dans son pays, est parti aux Etats-Unis tourner son nouveau long-métrage, Soy Nero. L’odyssée absurde d’un jeune homme prêt à tout pour devenir Américain, et un constat géopolitique mondial plutôt amer.

"Soy Nero", un film de Rafi Pitts

Nero a 19 ans, il a grandi aux Etats-Unis puis s’est fait déporter au Mexique.  Etranger dans le pays de ses parents, il est décidé à repasser la frontière coûte que coûte. Il parvient enfin à retrouver son frère, Jesus, qui vit à Los Angeles. Pour échapper à la vie de misère à laquelle le condamne sa condition de clandestin, sa dernière chance pour devenir américain est de s’engager dans l’armée. Nero rejoint le front des green card soldiers.

 

 

Il y a quelque chose d’autobiographique dans ce nouveau film de Rafi Pitts – ou en tout cas un portrait en creux du déracinement et de la nation de patrie. Le cinéaste né d’une mère iranienne et d’un père anglais, élevé par un beau-père français, a grandi dans ce mélange des cultures à Téhéran jusqu’à l’âge de 12 ans puis entre Paris et Londres. Collaborateur de Leos Carax et du Godard des années 80, Rafi Pitts traite dès ses premiers courts-métrages (En exil et Salandar) du déracinement et de la guerre au Moyen Orient. Désormais interdit de retourner en Iran, le réalisateur s’est posé la question des frontières et de l’appartenance à un pays avec l’exemple des green card soldiers aux Etats-Unis, ces étrangers qui s’engagent dans l’armée américaine pour obtenir leur citoyenneté après deux ans de service, qu’ils reviennent du front ou, souvent, à titre posthume.

 

Nero, le héros de ce film, incarné par le sidérant Johnny Ortiz, un jeune Mexicain qui a grandi dans la banlieue de Los Angeles avant que sa famille ne soit expulsée, veut plus que tout au monde devenir un citoyen des Etats-Unis, le pays dans lequel il a passé la majeure partie de sa vie. Le choix des Etats-Unis pour parler de la question migratoire n’est pas un hasard ou une coquetterie de metteur en scène, comme en témoigne Rafi Pitts : « c’est l’exemple même du pays d’immigrants connaissant aujourd’hui un problème avec l’immigration. Un pays avec une histoire si courte, peuplé de façon si diverse, et qui inspire encore tant d’espoirs autour du monde : devenir Américain. » Plaçant son personnage dans des situations souvent kafkaïenne avec la police qui le contrôle où qu’il se trouve, le cinéaste parle à la fois du monde occidental d’aujourd’hui, ultra sécuritaire, obsédé par ses frontières mais n’hésitant pas à employer de la chair à canon étrangère pour ses guerres pétrolières. La seconde partie du film, au Moyen Orient, est saisissante. On retrouve aux côtés de Johnny Ortiz l’excellent Darrell Britt-Gibson (révélé par la fabuleuse série The Wire) dans un constat amer de l’absurdité de la guerre qui se trame déroule là-bas, avant une séquence finale illustrant la tragique ironie du sort de ces soldats pas comme les autres. Un grand film politique qui éclaire sur l’état du monde tout en affichant un propos profondément intime.

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