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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes 2016, Aquarius est le deuxième long-métrage de Kleber Mendonça Filho. Un magnifique portrait de femme porté par Sonia Braga autant qu’un regard politique sur le Brésil.

"Aquarius", un film de Kleber Mendonça Filho

Clara, la soixantaine, ancienne critique musicale, est née dans un milieu bourgeois de Recife, au Brésil. Elle vit dans un immeuble singulier, l'Aquarius construit dans les années 40, sur la très huppée Avenida Boa Viagem qui longe l’océan. Un important promoteur a racheté tous les appartements mais elle, se refuse à vendre le sien. Elle va rentrer en guerre froide avec la société immobilière qui la harcèle. Très perturbée par cette tension, elle repense à sa vie, son passé, ceux qu’elle aime.

 

 

Repéré en 2012 avec son premier long-métrage, Les bruits de Recife, Kleber Mendonça Filho n’est pourtant pas un débutant. Critique de cinéma et auteur de courts-métrages expérimentaux, le réalisateur livre avec Aquarius un grand film, injustement reparti bredouille de la compétition cannoise. Sonia Braga, une des plus grandes stars d’Amérique du Sud, donne chair – au sens premier – à ce portrait d’une femme bien décidée à ne pas se laisser intimider par un promoteur immobilier sans vergogne. Mais le film est aussi, en creux, un portrait du Brésil, ou du moins de de Recife, ville en pleine mutation à la pointe est du Brésil, où cohabitent au bord de l’océan la bourgeoisie et une population pauvre.

 

Après une ouverture incroyablement belle en 1980, nous retrouvons Clara, la soixantaine, de nos jours, dernière habitante d’un immeuble qu’elle refuse obstinément de quitter, en dépit des relances et des intimidations d’un promoteur qui veut y construire une résidence de luxe. Cette obstination n’a pas une raison d’être mais plutôt un faisceau qui nous est présenté en trois parties avec une constante : Clara est une femme libre, sensuelle, têtue et passionnée. Le film fait une place prépondérante aux souvenirs, qu’ils soient clairs ou fantasmés, portés par la musique (cette collection de vinyles ferait pâlir d’envie n’importe quel mélomane) ou la présence d’une commode qui a vu passer des générations, des étreintes, des bonheurs et des drames. Le cinéaste filme Clara comme « une vieille femme et une enfant » avec ce mélange de sagesse et d’entêtement. Pour autant, le portrait est nuancé et cette femme peut apparaître aussi immature ou égoïste (les autres propriétaires ont cédé leur appartement et attendent la compensation financière du promoteur à la condition que le projet aboutisse) mais Sonia Braga lui apporte une grâce naturelle et un capital sympathie immédiat. Il reste toujours incompréhensible qu’elle n’ait pas empoché le Prix d’interprétation.

 

Au-delà du cas personnel de l’héroïne, Kleber Mendonça Filho dresse un portrait terrible de la société brésilienne, déchirée par les inégalités et un paradoxe entre conservatisme et modernité. Si Clara est mutilée par un cancer du sein qu’elle a vaincu autrefois, si de terrifiants termites font dans l’immeuble une apparition que l’on ne dévoilera pas trop, c’est aussi le Brésil qui semble rongé de l’intérieur, à l’image de sa situation politique en 2016 dont le cinéaste s’est fait l’écho lors de sa montée des marches à Cannes. Avec Aquarius, Kleber Mendonça Filho signe un très grand film et entre dans la cour des grands.

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