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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Ours d’or au Festival de Berlin 2016, Fuocoammare, par-delà Lampedusa est le nouveau film de Gianfranco Rosi. Un documentaire remarquablement mis en scène qui témoigne d’une manière inédite sur le regard porté aux migrants. Un très grand film.

"Fuocoammare, par-delà Lampedusa", un film de Gianfranco Rosi

Samuele a 12 ans et vit sur une île au milieu de la mer. Il va à l'école, adore tirer et chasser avec sa fronde. Il aime les jeux terrestres, même si tout autour de lui parle de la mer et des hommes, des femmes, des enfants qui tentent de la traverser pour rejoindre son île. Car il n'est pas sur une île comme les autres. Cette île s'appelle Lampedusa et c'est une frontière hautement symbolique de l'Europe, traversée ces 20 dernières années par des milliers de migrants en quête de liberté.

 

 

Après un documentaire consacré à un tueur à gages (El Sicario, Room 164) et un autre à l’autoroute qui ceinture la ville de Rome (Sacro GRA, Lion d’or 2013 à Venise), le cinéaste italien Gianfranco Rosi s’est vu décerner le prestigieux Ours d’or lors de la Berlinale 2016 pour Fuocoammare. On pouvait craindre que le sujet (le drame des migrants qui meurent dans la Méditerranée pour rejoindre l’île italienne de Lampedusa située à 165 km des côtes tunisiennes) n’accable le film et surtout soit parasité par le traitement médiatique autour de Lampedusa, île devenue symbole du malaise politique européen sur la question des migrants. Gianfranco Rosi a l’intelligence de ne pas chercher à expliquer ou à délivrer un message mais de se contenter de faire du cinéma – du beau et du grand cinéma.

 

Le film commence sur une longue séquence mettant en scène Samuele, le garçon de 12 ans que l’on retrouvera pendant deux heures, en train de chercher le parfait bout de branche pour fabriquer une fronde – une vraie préoccupation d’enfant. Car sur la petite île de Lampedusa, désormais, les habitants ne croisent plus les migrants, la frontière ayant été déplacée de la côte vers la haute mer où des navires militaires transbordent les migrants jusqu’à centre de rétention. Le cinéaste de filmer d’un côté le quotidien du jeune Samuele et de sa famille et de l’autre les migrants ainsi que le seul médecin de l’île, les militaires et les sauveteurs. A la radio, la grand-mère de Samuele entend l’annonce d’un nouveau naufrage et de centaines de morts, elle compatit et continue de préparer son repas. Cette scène est évidemment hautement symbolique du désintérêt global pour le sort de ces gens qui ont quitté l’Afrique ou le Moyen Orient à bord de bateaux insalubres. A l’instar de l’œil « fainéant » de Samuele, les habitants ne voient qu’une partie de leur île.

 

Le titre du film vient d’une chanson populaire (Fuocoammare, « la mer en feu ») qui parle d’un temps où la guerre a rendu la mer rouge de sang, en écho direct avec le nombre de migrants qui se noient dans le Méditerranée – 2 700 disparus pour les huit premiers mois de l’année 2016. Le cinéaste déploie une magnifique poésie pendant sa première partie (beaucoup de belles séquences d’apprentissage pour Samuele) avant de se confronter finalement à la réalité avec une immersion presque insoutenable aux côtés des secouristes qui viennent en aide à ce qui sont encore en vie et empilent aussi les cadavres. Ce qui est fort et infiniment beau dans ce film, c’est la capacité de Gianfranco Rosi à saisir avec sa caméra ce qui est justement de l’ordre de l’impalpable, de l’indicible, de ce qui échappe même aux observateurs quotidiens – l’absurdité macabre de cette situation.

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