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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Avec Moi, Daniel Blake, Ken Loach a empoché en 2016 sa deuxième Palme d’or au Festival de Cannes. A 80 ans, le cinéaste britannique signe un film magnifique et engagé dénonçant la politique sociale au Royaume-Uni. Un constat politique amer et une tendresse bouleversante.

"Moi, Daniel Blake", un film de Ken Loach

Pour la première fois de sa vie, Daniel Blake, un menuisier anglais de 59 ans, est contraint de faire appel à l’aide sociale à la suite de problèmes cardiaques. Mais bien que son médecin lui ait interdit de travailler, il se voit signifier l'obligation d'une recherche d'emploi sous peine de sanction. Au cours de ses rendez-vous réguliers au « job center », Daniel va croiser la route de Katie, mère célibataire de deux enfants qui a été contrainte d'accepter un logement à 450km de sa ville natale pour ne pas être placée en foyer d’accueil. Pris tous deux dans les filets des aberrations administratives de la Grande-Bretagne d’aujourd’hui, Daniel et Katie vont tenter de s’entraider.

 

 

Depuis toujours, Ken Loach est du côté des ouvriers, des petits face au capital. A 80 ans, le cinéaste n’a rien perdu de son engagement. Après une première Palme d’or pour le très beau Le vente se lève en 2006, le jury, présidé en 2016 par George Miller, a couronné une seconde fois le réalisateur qui a livré un discours forcément engagé, rappelant qu’un « autre monde est possible et même nécessaire. » Si Jimmy’s Hall, le précédent film de Loach, était annoncé comme son dernier, le vétéran du cinéma anglais affirme aujourd’hui ne pas avoir dit son dernier mot.

 

L’ouverture du film donne parfaitement le ton kafkaïen des péripéties à venir pour le personnage-titre. Sur un écran noir, Daniel Blake (l’humoriste Dave Johns, excellent) passe un « test » pour déterminer s’il est apte au travail après sa crise cardiaque – et malgré l’avis de trois de ses médecins. La « professionnelle de la santé » qui l’interroge considère que s’il peut marcher sur cinquante mètres et lever le bras comme pour mettre un chapeau, il ne peut bénéficier des indemnités pour les travailleurs inaptes et doit chercher un travail s’il veut espérer toucher, en attendant, ses allocations chômage. Le combat de ce quasi sexagénaire va consister à faire valoir (tout simplement) ses droits à travers un parcours digne d’un roman de Kafka : près de deux heures d’attente au téléphone pour s’entendre dire qu’il doit attendre qu’on l’appelle, impossibilité d’obtenir le formulaire autrement que par internet, lui qui n’a même pas de portable au début du film, etc. Ken Loach filme ce parcours du combattant en même temps que le portrait d’un homme qui aide les autres de manière désintéressée – un comble dans notre époque individualiste. Très documenté, le film est d’un humanisme profond et d’une simplicité désarmante, avec une mise en scène sobre, toujours au service des personnages. Les séquences dans le « job center » et la banque alimentaire font froid dans le dos et montre la dérive ultra-libérale du pays depuis les années Thatcher (la bête noire du cinéaste). Un grand film, à la fois terrible et plein d’espoir, qui célèbre le goût des autres.

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