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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Katell Quillévéré adapte le roman à succès de Maylis de Kerangal, Réparer les vivants, et aborde avec une grand délicatesse la question du don d’organes. Emmanuelle Seigner et Anne Dorval sont extraordinaires dans ce film passionnant et émouvant.

"Réparer les vivants", un film de Katell Quillévéré

Tout commence au petit jour dans une mer déchaînée avec trois jeunes surfeurs. Quelques heures plus tard, sur le chemin du retour, c’est l’accident. Désormais suspendue aux machines dans un hôpital du Havre, la vie de Simon n’est plus qu’un leurre. Au même moment, à Paris, une femme attend la greffe providentielle qui pourra prolonger sa vie…

 

 

Révélée par Un poison violent, Katell Quillévéré a connu la consécration dès son deuxième long-métrage, Suzanne, qui a valu à Adèle Haenel le César de la meilleure actrice dans un second rôle en 2014. Fascinée par le roman de Maylis de Kerangal dès sa première lecture, la jeune réalisatrice décide de l’adapter avec le scénariste Gilles Taurand et la participation de l’écrivain. Ce sujet sensible, rarement traité au cinéma, est des plus casse-gueule mais la cinéaste parvient à maintenir brillamment l’équilibre entre le mélodrame et un aspect quasiment documentaire (notamment les séquences de chirurgie).

 

Dès les premières images, sans dialogues, Katell Quillévéré accroche le spectateur par une mise en scène d’une grande beauté, avec des bleus profonds au cœur de la vague, littéralement, dans une scène de surf immersive épatante. L’accident, inévitable, laissé hors champ, est figuré par une surimpression entre bitume et océan qui donne le ton : en dépit de la gravité du sujet, la mise en scène ne cédera pas au misérabilisme et la cinéaste propose de belles idées formelles avec une photographie sublime signée Tom Harari, déjà responsable de la lumière de ses précédents films ainsi que du très beau premier long-métrage de son frère, Arthur Harari (Diamant noir).

 

La force de Réparer les vivants tient dans sa retenue. Emmanuelle Seigner est bouleversante en mère dévastée, aux côtés de Kool Shen, par la mort de leur enfant et la perspective de devoir décider d’un don d’organes. Le film, construit en plusieurs parties assez distinctes, suit cette famille anéantie avant de se tourner vers la receveuse (et son entourage) incarnée par l’immense Anne Dorval qui livre une prestation inoubliable. La caméra suit également les soignants (Bouli Lanners et Tahar Rahim, Dominique Blanc, tous intenses) et l’équipe chargée de récupérer le cœur pour la transplantation. On admire la reconstitution précise, documentaire de ce que représente le don d’organes, un sujet encore délicat et peu abordé par le cinéma ou même les médias. Au-delà de la mise en avant de cette question cruciale, Katell Quillévéré livre un film merveilleusement interprété, jusque dans les plus petits rôles, et remarquablement mis en scène.

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