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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Après les secrets des caves autrichiennes, Ulrich Seidl s’envole pour l’Afrique. Son nouveau documentaire, Safari, suit de riches touristes européens venus sur le continent africain pour tuer des bêtes sauvages. Un film édifiant sur cet ignoble commerce.

"Safari", un film de Ulrich Seidl

Afrique. Dans les grandes étendues sauvages où zèbres, gnous, impalas et autres créatures paissent par milliers, ils passent leurs vacances. Ils, ce sont des touristes allemands et autrichiens conduisant à travers la brousse, à l’affût pour traquer leurs proies.  Ces derniers tirent, sont émus jusqu’aux larmes et posent avec les animaux qu’ils viennent d’abattre. Un film de vacances sur la mort, un film sur la nature humaine.

 

"Safari", un film de Ulrich Seidl

 

Ulrich Seidl a pour habitude d’aborder des « thèmes choc » dans ses films, qu’il s’agisse de documentaires ou de fictions fortement empreintes d’immersion dans la réalité. Sa trilogie Paradis (Amour / Foi / Espoir) plongeait déjà le spectateur dans les noirs méandres de l’âme humaine, entre tourisme sexuel déjà en Afrique et intégrisme religieux et dictature hygiéniste. En 2015, son documentaire Sous-sols partait à la visite d’Autrichiens aux secrets enfouis sous le plancher de leur bourgeoise habitation. Le cinéaste y mêlait nostalgiques du nazisme, farfelus en tout genre comme adeptes de pratiques sexuelles extrêmes. C’est un peu le même type de personnages que l’on retrouve dans Safari, mais cette fois en vacances postcoloniales en Afrique.

 

Présenté à la Mostra de Venise 2016, ce nouveau film provoque le malaise dès les premières séquences. Des bêtes sauvages dans leur habitat (girafes, gnous, zèbres, impalas…) sont massacrées sous nos yeux pour le bon plaisir de touristes sans aucune vergogne. Affirmant qu’il ne faut pas protéger les animaux « aveuglément » ou arguant qu’il s’agit là d’un commerce juteux, ces nouveaux colons viennent donc piller l’Afrique et assouvir leur soif de sang comme au temps (pas si lointain) des expéditions du début du XXème siècle ou des expositions coloniales qui arboraient fièrement leurs « bons sauvages » aux yeux de visiteurs blancs et replets. Rien ne semble avoir changé et les images de chasse alternent avec des interviews surréalistes dans des lodges immenses où ces petits touristes apparaissent – enfin – bien vains. Dans Paradis : Amour, Ulrich Seidl filmait des Autrichiennes venues chercher du sexe tarifé avec des Apollon kényans. Ici, dans cette pulsion meurtrière, on se dit qu’il s’agit finalement de la même chose, de cette soif de pouvoir, de cette attitude colonialiste qui considère l’Afrique comme un terrain de jeu. Posséder le corps (vivant) d’un homme ou celui (mort) d’un animal revient au même pour ces touristes très particuliers. Les images de l’agonie d’une girafe sont insoutenables, mais tout autant que les propos de ces visiteurs qui méprisent leurs guides et assènent face caméra des propos tels que « Ils n’y sont pour rien s’ils sont noirs » ou « Ils sont quand même serviables ». Ulrich Seidl tend un miroir effrayant à ceux qui voudraient – en Autriche ou ailleurs – faire de l’Europe une terre de suprématie blanche et catholique. Safari est un film éprouvant mais nécessaire.

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