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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Bertrand Tavernier livre le premier volet de son Voyage à travers le cinéma français, autobiographie cinéphile à la fois tendre et espiègle. Un documentaire monumental et passionnant.

"Voyage à travers le cinéma français", un film de Bertrand Tavernier

Ce travail de citoyen et d’espion, d’explorateur et de peintre, de chroniqueur et d’aventurier qu’ont si bien décrit tant d’auteurs, de Casanova à Gilles Perrault, n’est-ce pas une belle définition du métier de cinéaste que l’on a envie d’appliquer à Renoir, à Becker, au Vigo de L’Atalante, à Duvivier, aussi bien qu’à Truffaut ou Demy. A Max Ophuls et aussi à Bresson. Et à des metteurs en scène moins connus, Grangier, Gréville ou encore Sacha, qui, au détour d’une scène ou d’un film, illuminent une émotion, débusquent des vérités surprenantes. Je voudrais que ce film soit un acte de gratitude envers tous ceux, cinéastes, scénaristes, acteurs et musiciens qui ont surgi dans ma vie. La mémoire réchauffe : ce film, c’est un peu de charbon pour les nuits d’hiver.

 

 

Réalisateur passé par la case critique de cinéma dans les années 60, Bertrand Tavernier a écrit des pages importantes du cinéma français (Le juge et l’assassin, Coup de torchon, L’appât pour n’en citer que trois) mais s’est aussi toujours illustré par sa cinéphilie et sa grande connaissance du cinéma américain (son ouvrage publié avec Jean-Pierre Coursodon fait autorité). A 75 ans, le cinéaste s’embarque dans ce qui devrait être une trilogie autobiographique et cinéphile : un documentaire retraçant sa vie à la lumière des films qui l’ont marquée.

 

La gourmandise de Tavernier, son talent de conteur et ses savoureuses anecdotes font partie du plaisir de traverser ce film (3h15 qui filent à toute allure) en compagnie du réalisateur. Respectant une chronologie (ce premier volet s’étend des années 30 aux années 70), le film célèbre de grands metteurs en scène du réalisme poétique (Becker, Renoir, Carné…) à la Nouvelle Vague (Godard, Chabrol, Varda…) mais s’autorise des digressions passionnantes et parfois inattendues. Le segment sur Jean Gabin, riche en anecdotes souvent désopilantes, est captivant, révélant les fondements du travail d’un des plus acteurs français. Plus rarement évoquée dans les rétrospectives, la musique tient une place de choix dans ce documentaire, avec un hommage appuyé à Maurice Jaubert et Joseph Kosma.

 

L’érudition de Tavernier en matière d’histoire du cinéma n’écrase jamais le spectateur tant il se propose d’être un passeur (« Je veux que ce voyage soit ludique, vivant, qu’il donne envie de revoir des centaines de films » déclare-t-il). L’admiration pour Jacques Becker, pour l’oublié Edmond T. Gréville ou ses deux « pères » de cinéma Melville et Sautet, qui lui donnèrent sa chance au début des années 60, ne sombre jamais dans l’hagiographie et l’espiègle Tavernier sait brocarder ses idoles (les colères de Sautet, la conscience politique « versatile » de Renoir pendant la guerre, la mégalomanie paranoïaque de Melville, les faiblesses humaines de Carné). Ce parcours subjectif, personnel dessine une histoire singulière du cinéma français. Un film essentiel pour tout cinéphile.

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