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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Le metteur en scène russe Kirill Serebrennikov signe avec Le disciple son quatrième long-métrage, remarqué au Festival de Cannes 2016 dans le section Un Certain Regard. Un film sidérant sur le fanatisme religieux mais aussi un état des lieux du nouveau conservatisme qui règne en Russie.

"Le disciple", un film de Kirill Serebrennikov

Veniamin, un adolescent pris d’une crise mystique, bouleverse sa mère, ses camarades et son lycée tout entier, par ses questions.

- Les filles peuvent-elles aller en bikini au cours de natation ?

- Les cours d’éducation sexuelle ont-ils leur place dans un établissement scolaire ?

- La théorie de l’évolution doit-elle être enseignée dans les cours de sciences naturelles ?
Les adultes sont vite dépassés par les certitudes d’un jeune homme qui ne jure que par les Écritures. Seule Elena, son professeur de biologie, tentera de le provoquer sur son propre terrain.

 

 

Plus connu pour son travail au théâtre, notamment ses adaptations théâtrales de film tels que Les idiots de Lars Von Trier, spectacle présenté à Avignon en 2015, Kirill Serebrennikov est aussi cinéaste. Avec Le disciple, il s’attaque à l’obscurantisme religieux à travers le personnage d’un adolescent en crise mystique et en quête de « purification » d’un monde qu’il considère condamné à l’arrivée de l’Apocalypse. Ni sa mère divorcée, ni ses camarades de classe en bikini, ni les homosexuels, ni même le clergé corrompu n’échapperont, selon lui, à la colère d’un dieu qu’il pense tout puissant.

 

La réalisation remarquable est faite de plans-séquences parfaitement pensés mettant en scène ceux qu’il considère comme « damnés » et lui-même, répétant sans cesse des extraits de la Bible – parmi les plus violents. Au-delà de ce portrait d’un fanatique, ce qui frappe le plus dans le film est la réaction de l’entourage. D’abord moqueurs, ses camarades finissent par respecter sa force de conviction et, pire, l’équipe éducative de son lycée ne le détrompe pas, la directrice allant jusqu’à mettre elle-même en doute les théories de Darwin qui devraient, selon elle, être compensées par l’enseignement concomitant du créationnisme. Cette complaisance envers un comportement intégriste ainsi qu’un antisémitisme et une homophobie qui ne demandent qu’à s’échapper de la boite de Pandore de leurs pensées dressent le portrait d’une Russie en pleine vague conservatrice. Kirill Serebrennikov fait état d’une société dans laquelle les garde-fous naturels (l’éducation en tête) ne fonctionnent plus face aux dérives sectaires. Seule une enseignante va affronter l’adolescent (Petr Skvortsov, génial) avec ses propres armes, en lui opposant une différente interprétation de certains passages de la Bible et le provoquant même en montrant qu’on pourrait considérer que Jésus était le premier symbole gay.  Avec ce film, formellement brillant, le cinéaste lance une alerte contre l’emprise progressive de l’Eglise orthodoxe radicale sur la société russe – une autre forme d’extrémisme religieux, tout aussi dangereuse si l’on ne veille pas à maintenir l’éducation comme barrage aux illuminations fanatiques.

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