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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Après son film très contemporain La loi du marché, Stéphane Brizé change de registre et adapte Une vie de Maupassant. Le cinéaste offre une vision personnelle de l’œuvre dans un film bouleversant et brillamment mis en scène.

"Une vie", un film de Stéphane Brizé

Normandie, 1819. A peine sortie du couvent où elle a fait ses études, Jeanne Le Perthuis des Vauds, jeune femme trop protégée et encore pleine des rêves de l’enfance, se marie avec Julien de Lamare. Très vite, il se révèle pingre, brutal et volage. Les illusions de Jeanne commencent alors peu à peu à s’envoler.

 

 

Cinéaste plutôt discret, Stéphane Brizé a su séduire avec notamment deux magnifiques films, Mademoiselle Chambon (2009) et Quelques heures de printemps (2012). En 2015, il connaît la consécration avec sa première sélection cannoise (et un Prix d’interprétation pour son acteur fétiche Vincent Lindon) et un grand succès public (plus d’un million d’entrées) pour La loi du marché. Contre un contrepied, il adapte cette fois Une vie, le plus célèbre roman de Maupassant, d’une manière très personnelle, se focalisant sur l’héroïne, plongeant le spectateur dans la tête et le cœur de cette femme sur près de trente ans.

 

Jeanne est une jeune fille naïve, protégée par des parents bienveillants (Jean-Pierre Darroussin et Yolande Moreau, géniaux) et encore très innocente quand elle épouse Julien qui se révèlera violent, vénal et infidèle. Enfermée dans « une vie » faite de malheurs, Jeanne est également enfermée dans le cadre 1.33 choisi par la réalisateur, un format presque carré qui consigne l’héroïne comme dans une boite. Toujours au plus près d’elle, la caméra à l’épaule saisit les moindres frémissements de cette femme. Stéphane Brizé fait le choix de l’ellipse en laissant hors champ les drames et les décisions majeures pour se concentrer sur leurs répercussions et la solitude de Jeanne, souvent filmée de trois quarts, de profil, le regard porté vers un ailleurs (fenêtre, horizon) sans jamais sembler pouvoir échapper à son sort tragique. Sur près de trente ans, le cinéaste s’intéresse aux moments qui suivent ou précèdent les drames et filme brillamment l’attente et les désillusions d’une héroïne qui apparaît comme une lointaine cousine de Madame Bovary ou La fille de Ryan. Stéphane Brizé signe une adaptation très personnelle, sensible et bouleversante d’un grand classique de la littérature.

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