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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Pour son premier long-métrage de fiction, Davy Chou est parti filmer la jeunesse cambodgienne. Diamond Island dresse le portrait d’une génération et d’un pays encore en pleine transition, entre l’ancien régime et le capitalisme forcené. Ce magnifique premier film est une belle réussite.

"Diamond Island", un film de Davy Chou

Diamond Island est une île sur les rives de Phnom Penh transformée par des promoteurs immobiliers pour en faire le symbole du Cambodge du futur, un paradis ultra-moderne pour les riches. Bora a 18 ans et, comme de nombreux jeunes originaires des campagnes, il quitte son village natal pour travailler sur ce vaste chantier. C’est là qu’il se lie d’amitié avec d’autres ouvriers de son âge, jusqu’à ce qu’il retrouve son frère aîné, le charismatique Solei, disparu cinq ans plus tôt. Solei lui ouvre alors les portes d’un monde excitant, celui d’une jeunesse urbaine et favorisée, ses filles, ses nuits et ses illusions.

 

 

Jeune cinéaste français né de parents cambodgiens, Davy Chou a signé un documentaire en 2012 (Le sommeil d’or) sur les traces du cinéma cambodgien des années 60/70, disparu, détruit avec l’arrivée des Khmers Rouges au pouvoir. Diamond Island, son premier long-métrage de fiction, revient dans le pays de ses origines, plus précisément à Phnom Penh, dans ce nouveau quartier où des ouvriers (souvent exploités) travaillent jour et nuit à la construction de complexes ultra-modernes destinés à une richissime clientèle. Le réalisateur commente : « Il y a une espèce de surgissement brutal de la modernité dans un pays qui n’a pas du tout été habitué à ça. Le pays est comme précipité dans le futur, et la jeunesse qui est née pendant une période de privation conséquente à une Histoire excessivement tragique y perd ses repères. »

 

La violence du propos tranche avec la douceur de la mise en scène, comme nimbée de néons et avec un sens du rythme et de la narration qui forcent l’admiration. Davy Chou parvient à capter quelque chose de très beau dans ce groupe de jeunes interprétés par des acteurs non-professionnels tous excellents – mention spéciale au captivant Sobon Nuon. Il faut également souligner le travail sur le son d’une grande richesse, qui joue sur la rupture là où le montage image n’est que flottement et doux enchaînements. La scène de club où la conversation des deux frères vient éclipser tout le reste de la bande son. Les qualités immenses du cinéaste sont au service d’un scénario relativement classique (récit d’apprentissage de la vie d’adulte) mais remarquablement tenu. Dans un pays encore fragile de son passé, la réalité économique d’un libéralisme galopant frappe de plein fouet les classes les plus modestes et la jeunesse, qui rêve d’une vie meilleure que celle de ses aînés, se fracasse parfois – mais pas toujours – sur le mur des désillusions et d’un déterminisme persistant (on rappelle à celui qui a quitté Diamond Island qu’il revient avec un autre corps, littéralement). Davy Chou livre là un des meilleurs premiers films de l’année et s’impose comme un espoir pour le cinéma français.

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