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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

L’hyperactif Denis Villeneuve signe avec Premier contact un film de science-fiction qui questionne notre rapport à l’autre, au temps et au langage – rien que ça. Meilleur film du cinéaste depuis Incendies, ce quatrième long-métrage en trois ans séduit tant sur le fond que sur la forme.

"Premier contact", un film de Denis Villeneuve

Lorsque de mystérieux vaisseaux venus du fond de l’espace surgissent un peu partout sur Terre, une équipe d’experts est rassemblée sous la direction de la linguiste Louise Banks afin de tenter de comprendre leurs intentions. Face à l’énigme que constituent leur présence et leurs messages mystérieux, les réactions dans le monde sont extrêmes et l’humanité se retrouve bientôt au bord d’une guerre absolue. Louise Banks et son équipe n’ont que très peu de temps pour trouver des réponses. Pour les obtenir, la jeune femme va prendre un risque qui pourrait non seulement lui coûter la vie, mais détruire le genre humain…

 

 

Le succès critique de son magnifique Incendies a donné des ailes au réalisateur québécois Denis Villeneuve qui semble avoir définitivement réussi son passage à Hollywood. Après les très beaux Prisoners et Enemy, le cinéaste se retrouvait pour la première fois en compétition à Cannes avec Sicario, un thriller un brin décevant. Pour son quatrième film américain en trois ans, Villeneuve a choisi l’adaptation par le scénariste Eric Heisserer de la nouvelle de Ted Chiang Story of your life, parue en 1998. Si Premier contact est la première incursion du réalisateur dans la science-fiction, certaines de ses films (notamment Enemy) contenait déjà des éléments fantastiques.

 

A des années-lumière des blockbusters hollywoodiens habituels, Denis Villeneuve construit une mise en scène très douce, un rythme assez lent pour ce genre de film et une photo d’une grande pureté, tout comme l’univers visuel particulièrement réussi – les « aliens » sont de superbes, entre la pieuvre et l’éléphant sans toutefois pouvoir être clairement définis. Cette identité singulière ne prive pas Premier contact de nombreuses influences cinéphiles – on pense bien sûr à Rencontres du 3ème type de Spielberg mais aussi à 2001 de Kubrick (le vaisseau rappelle le célèbre monolithe) ou les derniers films de Terrence Malick pour la caméra baladeuse des flashbacks / flashforwards. Si le film pose la question de notre rapport à l’autre, à l’étranger, il est aussi et surtout une réflexion sur le langage. Amy Adams campe une linguiste appelée à la rescousse pour déchiffrer les signes dévoilés par les aliens (très belle trouvaille calligraphique). Depuis toujours, le langage façonne notre rapport au monde et cette linguiste a la lourde responsabilité de lire ces hiéroglyphes comme un Champollion des temps modernes. L’avenir de la planète dépendra de la traduction faite d’un signe : arme ou outil ? Au cœur du film, les longues séquences dans le vaisseau, dans un décor étonnant de sobriété, où Amy Adams va servir d’intermédiaire à travers tout un réseau d’écrans de fumée, de parois et de miroirs. Denis Villeneuve fait alors appel à l’enfant qui est en chacun et à son émerveillement face à cette rencontre extraordinaire. Construit comme une boucle temporelle, le film n’évite pas certains écueils mélodramatiques (le drame personnel vécu par la linguiste) mais s’avère profondément émouvant dans son traitement pudique. La plus belle réussite du cinéaste depuis Incendies.

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