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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Thierry Demaizière et Alban Teurlai signent un documentaire sur la légende du porno, Rocco Siffredi. Sous ses airs de simple biopic, Rocco est aussi une passionnante réflexion sur l’univers du porno et le rapport de l’acteur aux femmes.

"Rocco", un film de Thierry Demaizière et Alban Teurlai

Rocco Siffredi est à la pornographie ce que Mike Tyson est à la boxe : une légende vivante. Sa mère aurait voulu qu’il soit curé, il est devenu acteur porno avec sa bénédiction, consacrant sa vie à un seul dieu : le Désir. En trente ans de métier, Rocco Siffredi aura visité tous les fantasmes de l’âme humaine et se sera prêté à toutes les transgressions. Hardeur au destin exceptionnel, Rocco plonge dans les abîmes de son addiction au sexe et affronte ses démons dans ce documentaire en forme d’introspection. Le moment est aussi venu, pour le monstre sacré du sexe, de raccrocher les gants.  

 

 

Quelques semaines à peine après la sortie de leur film sur Benjamin Millepied, Thierry Demaizière et Alban Teurlai s’intéressent, dans un tout autre registre, à Rocco Siffredi. A l’origine, les deux documentaristes avaient pour commande un film sur l’industrie pornographique américaine, mais la rencontre avec le plus célèbre hardeur au monde a tout changé. Suivi pendant les deux années qui ont précédé sa retraite, Rocco se dévoile comme jamais, revenant sur les traces de son enfance (un frère mort prématurément, une mère ultra autoritaire) et de ses débuts dans le X, à Paris, en 1986.

 

Ce ne sont pas seulement les mensurations hors norme de son sexe qui ont fait de Rocco la plus grande star du porno, c’est aussi un charisme et une personnalité tout aussi hors norme. Alors que son statut de superstar pourrait lui donner une grande confiance en lui, on découvre un homme tourmenté, hanté par une certaine culpabilité (« mon démon entre les jambes ») et peut-être aussi une lassitude de son aura de mâle alpha dominateur. Car les films de Rocco sont imprimés par la violence, le rough sex, qui pose question dans des séquences de tournage créant un léger malaise. Gifles, crachats, fessées, rien n’est épargné aux jeunes actrices soumises. Si on peut s’inquiéter de la fragilité de certaines jeunes femmes, poussées par la détresse économique, notamment dans les pays de l’Europe de l’est, pour d’autres, il s’agit du choix d’une sexualité sans tabou. Kelly Stafford, partenaire historique de Rocco dans le sexe violent, assume son envie d’une soumission qui la libère dans la sexualité de son tempérament autoritaire au quotidien. Abella Danger, jeune actrice d’origine ukrainienne, semble, elle, totalement fascinée par la star du X et accepte toutes les humiliations (notamment une séquence incroyable dans laquelle le hardeur enfonce sa main entière dans la gorge de la jeune fille). L’autre personnage passionnant de ce film, c’est Gabriele, le cousin (et souffre-douleur) de Rocco, qui filme, photographie et conduit l’acteur partout dans le monde. Cet homme, qui a littéralement construit sa vie sur le pénis de son cousin, entretient, consciemment ou non, avec Rocco une relation sadomasochiste qui intéresserait n’importe quel psychiatre. Biopic (parfois complaisant) et portrait en creux du monde (pas du tout glamour) du porno, Rocco est un film étonnant et magnifiquement mis en scène.

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