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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Après Neruda et pour son premier film en anglais, Pablo Larrain signe un biopic de la plus célèbre First Lady, Jackie. Un film somptueux, remarquablement écrit et une réflexion passionnante sur le pouvoir de l’image.

"Jackie", un film de Pablo Larrain

22 Novembre 1963 : John F. Kennedy, 35ème président des États-Unis, vient d’être assassiné à Dallas. Confrontée à la violence de son deuil, sa veuve, Jacqueline Bouvier Kennedy, First Lady admirée pour son élégance et sa culture, tente d’en surmonter le traumatisme, décidée à mettre en lumière l’héritage politique du président et à célébrer l’homme qu’il fut.

 

 

Le prolixe réalisateur chilien Pablo Larrain (trois films en un an) s’est penché, pour son premier film en anglais, sur un des événements les plus marquants du XXème siècle, l’assassinat de John F. Kennedy, et plus précisément comment sa veuve a orchestré des funérailles mémorables pour faire entrer son nom dans la légende. Jackie Kennedy reste encore aujourd’hui une énigme et c’est sur ce paradoxe (une vie ultra médiatisée et pourtant une grande discrétion) que repose le film de Larrain écrit par Noah Oppenheim, récompensé du Prix du scénario au Festival de Venise 2016.

 

Quelques secondes de noir, la musique géniale et mystérieuse de Mica Levi (qui signe sa seconde BO après celle de l’excellent Under the skin de Jonathan Glazer), le film s’ouvre en majesté sur le visage de Natalie Portman, dans son plus beau rôle. Elle est Jackie jusqu’au plus petit bouton Chanel mais aussi dans sa démarche, son phrasé et ce grand sourire teinté de mélancolie qui ne quittait jamais la Première Dame lors de ses apparitions publiques. Document fondateur dans le processus de Larrain (et visible sur internet), le White House Tour organisé par Jackie Kennedy en 1962 pour présenter la Maison Blanche à des dizaines de millions d’Américains rivés devant leur poste de télévision nous en dit beaucoup sur la manière dont la mythique First Lady a construit la légende de son mari, bien avant la balle mortelle de Dallas. Ce que filme Larrain, c’est une femme évidemment dévastée mais parfaitement consciente de sa responsabilité et de sa hantise de finir pauvre et oubliée, comme d’autres veuves de Président.

 

Dès le moment où Lyndon Johnson prête serment dans l’avion, Jackie comprend qu’elle n’a plus d’existence officielle et va faire des funérailles de son mari la première pierre d’un édifice qu’elle entretiendra toute sa vie : la mémoire de JFK et la légende de sa famille. Le film met en avant l’intelligence médiatique de cette femme, à la fois sensible et manipulatrice, à une heure où les téléviseurs entrent à peine dans les foyers. Avant-gardiste, Jackie Kennedy a très vite compris l’importance de ce qui reste dans les écrits – intelligence soulignée par une réplique (« Je crois que les personnages qu’évoquent les livres sont plus réels que l’homme debout à nos côtés ») qui rappelle celle de L’homme qui tua Liberty Valance de John Ford (« Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende. »). La mise en scène, magnifique, est centrée sur Natalie Portman, mêle, comme dans No, images d’archives et matériel original (filmé en 16mm) et joue sur les reflets, entre ceux des miroirs et celui du visage de Jackie sur la fenêtre d’une voiture et qui se mélange à la foule assemblée pour le cortège funéraire comme une surimpression, métaphore de la double personnalité de la First Lady (l’icône populaire et la femme privée, inaccessible). Pablo Larrain signe un biopic sublime et opaque – et de loin son meilleur film.

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