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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Présenté en compétition officielle à Cannes 2016, le cinquième film de Jeff Nichols, Loving, s’inspire d’une histoire vraie – une première pour le cinéaste. Une grande histoire d’amour et un combat pour les droits civiques dans l’Amérique ségrégationniste des années 50/60.

"Loving", un film de Jeff Nichols

Mildred et Richard Loving s'aiment et décident de se marier. Rien de plus naturel – sauf qu'il est blanc et qu'elle est noire dans l'Amérique ségrégationniste de 1958. L'État de Virginie où les Loving ont décidé de s'installer les poursuit en justice : le couple est condamné à une peine de prison, avec suspension de la sentence à condition qu'il quitte l'État. Considérant qu'il s'agit d'une violation de leurs droits civiques, Richard et Mildred portent leur affaire devant les tribunaux. Ils iront jusqu'à la Cour Suprême qui, en 1967, casse la décision de la Virginie. Désormais, l'arrêt "Loving vs Virginia" symbolise le droit de s'aimer pour tous, sans aucune distinction d'origine.

 

 

En à peine dix ans (Shotgun Stories sort en 2007), Jeff Nichols s’est fait une belle réputation et son audience n’a cessé de s’accroître. Son chef-d’œuvre Take Shelter a marqué les esprits en 2011 (sorti en France en 2012) mais c’est Mud, l’année suivante, qui lui apportera son premier grand succès public. Après un détour réussi par la science-fiction (Midnight Special en 2016), le cinéaste aborde le film en costumes pour la première fois avec Loving, qui retrace l’histoire d’amour entre Mildred et Richard Loving autant que leur combat pour pouvoir s’aimer aux yeux de la loi (on peine à croire qu’il y a moins de soixante, un couple mixte était illégal dans de nombreux Etats américains et pourtant…).

 

Le fait même qu’il s’agisse d’un film d’époque inspiré d’une histoire vraie ouvrait la porte à l’écueil du chromo et de la reconstitution respectueuse et académique. C’est parfois le cas mais l’intelligence de la mise en scène et la qualité de l’interprétation (impeccables Ruth Negga et Joel Edgerton) renversent toujours la vapeur in extremis. Si Richard et Mildred finissent – non sans avoir hésité – par saisir la Cour Suprême, c’est moins par militantisme que par amour fou (« Dites simplement au juge que j’aime ma femme »). Loving impressionne peut-être moins que les précédentes réalisations de Jeff Nichols, propositions cinématographiques plus audacieuses, mais le projet reste personnel en ce que l’on retrouve les thèmes fétiches de l’auteur. La construction d’un « abri » hantait déjà Mud et surtout Take Shelter dont c’était le programme et, ici, le héros passe sa vie à construire des maisons pour les autres avant de pouvoir, enfin, bâtir son propre foyer. La figure paternelle et protectrice est d’ailleurs un pilier de la filmographie de Nichols (spécifiquement dans Take Shelter et Midnight Special), on ne s’étonnera donc pas de retrouver ce motif dans Loving, mélodrame à la fois intime et politique.

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