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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Jérôme Reybaud signe avec Jours de France un premier film étonnant. Un road-trip qui topographie la France des villages avec mélancolie et poésie. Malgré quelques longueurs, ce premier essai séduit par la qualité de sa mise en scène et de son interprétation.

"Jours de France", un film de Jérôme Reybaud

Au petit matin, Pierre quitte Paul. Au volant de son Alfa Roméo, il traverse la France, ses plaines, ses montagnes, sans destination précise. Pierre utilise Grindr, une application de son téléphone portable qui recense et localise pour lui les occasions de drague. Mais Paul y a recours aussi pour mieux le suivre. Au terme de quatre jours et quatre nuits de rencontres – sexuelles ou non – parviendront-ils à se retrouver ?

 

 

Présenté à Venise en septembre 2016, Jours de France est le premier long-métrage de Jérôme Reybaud, dont les années d’études de la poésie infusent le film. L’erreur serait de réduire ce film à son pitch un peu réducteur d’un homme roulant au gré des rencontres faites sur Grindr, une application de drague gay. Si le site est au centre de l’histoire, il n’est qu’un outil – pour le personnage comme pour le scénariste. Là où, quelques mois avant, Alain Guiraudie lançait Damien Bonnard dans les causses de Lozère (le passionnant Rester vertical), Jérôme Reybaud emmène Pascal Cervo sur les routes du centre de la France. Pierre quitte son compagnon (Arthur Igual) sans un mot, en pleine nuit, et prend la route sans destination en tête. Les premières minutes sont faites de plans de routes et d’autoroutes, filmées frontalement, sans chercher à les embellir, au son de France Culture et de musique classique.

 

Construit comme une succession (cohérente) de vignettes, Jours de France nous parle de la rencontre, celle qui paraît aujourd’hui si simple et pourtant si difficile dans les grandes villes pour des habitants ultra connectés. Au gré de son errance, Pierre va croiser une chanteuse de maison de retraite (Fabienne Babe), une ancienne prof devenue libraire (Nathalie Richard), une autre mystérieuse chanteuse (bouleversante Marie France) et utiliser Grindr pour une étreinte avec un jeune homme qui s’ennuie dans sa petite ville de province ou un bistrotier (Jean-Christophe Bouvet, excellent) qui se moque du « vivre ensemble », arguant que personne ne se préoccupe du « crever seul » ! Car le sujet principal du film est bien la solitude, qu’elle soit celle des grandes métropoles ou des petites villes de province, oubliées. Le road-movie de Jérôme Reybaud nous donne à voir, à l’instar de Raymond Depardon, dans un tout autre registre, cette France des sous-préfectures, des villages, des campagnes quasiment désertées, dans un mouvement qui nous mène de la région parisienne au Berry, au Massif Central, aux Alpes, jusqu’à atteindre la Méditerranée, dans des lieux de moins en moins habités, comme une ode discrète au retrait du monde. La mise en scène, qui mêle naturalisme et un certain lyrisme, nous offre des moments de grâce comme ce plan-séquence magistral pendant le « tour de chant » dans la maison de retraite. Jérôme Reybaud signe un premier film captivant et poétique.

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