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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Aki Kaurismäki, auréolé d’un Ours d’argent du meilleur réalisateur à Berlin 2017, dévoile L’autre côté de l’espoir, sur la thématique du migrant, comme son précédent film, Le Havre. Un film au sujet on ne peut plus contemporain et dont le traitement implacable mais non dénué d’humour traduit l’état de l’Europe aujourd’hui.

"L'autre côté de l'espoir", un film de Aki Kaurismäki

Helsinki. Deux destins qui se croisent. Wikhström, la cinquantaine, décide de changer de vie en quittant sa femme alcoolique et son travail de représentant de commerce pour ouvrir un restaurant. Khaled est quant à lui un jeune réfugié syrien, échoué dans la capitale par accident. Il voit sa demande d’asile rejetée mais décide de rester malgré tout. Un soir, Wikhström le trouve dans la cour de son restaurant. Touché par le jeune homme, il décide de le prendre sous son aile.

 

 

Tourné en France, le dernier film du maître finlandais (Le Havre) était un magnifique plaidoyer pour la fraternité et une célébration de petits miracles quotidiens. Six années se sont écoulées et, dans L’autre côté de l’espoir, la situation politique en Europe s’est dégradée : Brexit, montée de l’extrême-droite un peu partout, stigmatisation des minorités et des migrants… Aki Kaurismäki n’avance pas masqué, il veut réhabiliter l’image des réfugiés dans une Europe en proie au repli sur soi : « Avec ce film, je tente de mon mieux de briser le point de vue européen sur les réfugiés considérés tantôt comme des victimes objets de notre apitoiement, tantôt comme des réfugiés économiques qui, avec insolence, veulent prendre notre travail, nos femmes, nos logements et nos voitures. »

 

Comme souvent chez Kaurismäki, les dialogues sont rares mais précis, tranchants comme la lame. Les premières minutes sont muettes, reposant entièrement sur une mise en scène d’une apparente simplicité et d’une grande intelligence. En à peine trois plans, on comprend les enjeux du couple formé par Wikhström et sa femme et pourquoi il la quitte, sans haine ni cris. Avec la même efficacité, l’arrivée de Khaled, réfugié syrien, est décrite sans renforts de moyens. Le premier mot prononcé est « showers ? » car, pour Khaled, la propreté semble un prérequis pour aller demander l’asile politique – il ne se départira jamais de son flegme, même dans les situations les plus dures. Ainsi Kaurismäki brise-t-il en quelques minutes les préjugés établis par les populistes sur les « hordes de réfugiés aux portes de l’Europe » n’attendant que les prestations sociales et l’assistanat généralisé. Mais le cinéaste, loin d’être naïf, n’idéalise pas non plus son personnage, se gardant bien de distribuer bons et mauvais points ou de donner des leçons, parsemant son récit de pointes d’humour tranchant avec une certaine rigueur dans le compte rendu du quotidien difficile de Khaled. L’autre côté de l’espoir est une ode à la fraternité dans toute sa complexité (les intentions de Wikhström, à la tête d’un restaurant qu’il vient d’acquérir, ne sont pas toujours désintéressées). En dépit de toutes ces qualités, le film peine toutefois à convaincre autant que Le Havre, peut-être parce que le goût de l’ellipse et de l’épure de Kaurismäki est poussé parfois trop loin – certains personnages sont laissés sur le côté. Mais en ces temps de crise politique et morale, voilà un film qui fait du bien.

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