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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par Hugo Brown
Publié dans : #Cinéma

Reparti cette fois bredouille de la compétition cannoise, Happy End, le nouveau long-métrage de Michael Haneke, ressemble à un film-somme du maître autrichien, réunissant toutes les obsessions du cinéaste et offrant une nouvelle partition à la grande Isabelle Huppert. Un chef-d’œuvre à la mise en scène saisissante.

"Happy End", un film de Michael Haneke

"Tout autour le Monde et nous au milieu, aveugles." Instantané d’une famille bourgeoise européenne.

 

 

Depuis son premier long-métrage pour le cinéma, Le Septième Continent (1989), Michael Haneke n’a de cesse de disséquer la bourgeoisie et d’offrir à ses spectateurs sa vision cynique (mais lucide) de la société européenne. Multirécompensé à Cannes (Grand Prix et double prix d’interprétation en 2001 pour La Pianiste, Prix de la mise en scène en 2005 pour Caché et double Palme d’or en 2009 pour Le Ruban Blanc et 2012 pour Amour), le cinéaste autrichien est reparti cette fois bredouille de la compétition, laissant les festivaliers divisés entre ceux qui considèrent Happy End comme l’œuvre ultime du maître et ceux qui pensent qu’il s’agit d’une énième et dispensable variation sur les obsessions hanekiennes.

 

Il est bien difficile de parler du film sans en révéler les mystères et les surprises. Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant, Mathieu Kassovitz, Franz Rogowski et la jeune Fantine Harduin sont tous parfaits dans ce film qui fait place (chose rare) à un peu d’humour – certes acide. Haneke varie les formes d’images (smartphone, caméra de surveillance ou plans fixes et plans-séquence plus habituels) pour une chronique chorale mettant en scène une famille bourgeoise en pleine tourmente entre morts étranges, pulsions suicidaires, autodestruction, aveuglement, fantasmes sadomasochistes – la panoplie bien connue de la filmo du réalisateur. Les fidèles observateurs du cinéma de Michael Haneke retrouveront des éléments du Septième Continent (la tentative de maintenir à tout prix un quotidien lisse dans un monde qui s’effondre), Benny’s Video (l’adolescence bourgeoise et coupée de toute communication – malgré l’apparition des nouvelles technologies – qui sombre dans une violence fatale), Code inconnu (l’indifférence de la bourgeoisie face aux pauvres) ou Amour (Jean-Louis Trintignant raconte carrément le fameux et commenté climax du film). A 75 ans, Haneke signe un film-somme, presque testamentaire, regroupant tout ce qu’il pense de la bourgeoisie occidentale sans jamais l’accabler (il en fait pleinement partie) mais plutôt pour souligner son aveuglement face à un monde – le leur – en train de s’autodétruire et dans lequel chacun fait ce qu’il peut pour sauver sa place. L’arrivée finale des migrants est traitée avec finesse et cruauté et le plan final restera longtemps dans les mémoires. Une œuvre majeure.

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