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Jeudi 10 décembre 2009 4 10 /12 /2009 00:01

En 1976, Serge Gainsbourg enregistre un de ses plus beaux disques, un des plus sombres aussi, L'homme à tête de chou. Le chorégraphe Jean-Claude Gallotta en a fait un spectacle, actuellement à l'affiche du Théâtre du Rond-Point.

 


L-homme-a-tete-de-chou.jpg 

 


Si L'homme à tête de chou est un album-concept boudé par la critique et le public à sa sortie, le disque est aujourd'hui l'objet d'un culte mérité, au même titre que L'histoire de Melody Nelson, autre album-concept de Gainsbourg publié quelques années auparavant. Quand le disque sort en 1976, Gainsbourg sombre de plus en plus dans l'alcool et les tourments, notamment suite aux échecs successifs de Melody Nelson en 1971 (chef-d'œuvre réhabilité depuis), Vu de l'extérieur en 1973 (malgré le succès en 45 tours de Je suis venu te dire que je m'en vais) et Rock around the bunker en 1975 qui crée un scandale par la dérision portée sur les nazis. Il connaîtra enfin le succès populaire en 1978 avec le mauvais titre (même selon l'intéressé) Sea, sex and sun et surtout son album reggae Aux armes et cætera en 1979. L'état d'esprit de Gainsbourg à ce moment de sa vie explique sûrement en partie la noirceur du disque.

 


L'histoire de L'homme à tête de chou est celle d'un quadragénaire qui tombe amoureux d'une jeune shampouineuse à la "beauté païenne". L'album rend compte de qui est cet homme, journaliste pour une "feuille de chou" à scandale avant sa rencontre avec la jeune fille dans le salon où elle travaille (Chez Max coiffeur pour hommes). Gainsbourg, narrateur (et protagoniste?) parle (et chante un peu aussi) pour raconter les sentiments des amoureux (Ma Lou Marilou) et leurs jeux érotiques (le très sexuel Variations sur Marilou) avant le meurtre de Marilou par son amant jaloux (Meurtre à l’extincteur), amant qui est interné (Lunatic Asylum).

 

Dans le programme, Claude-Henri Buffard, qui a conçu la dramaturgie du spectacle, explique : "Jean-Claude Gallotta veut encore partager le goût de l'existence, de la gravité et de la légèreté mêlées. (…) Sur scène, une nuit de lune narquoise en guise d'atmosphère, forcément bleu pétrole. Besoin de rien d'autre. Des corps sans décor. A eux de propager le parfum de mort et d'amour qui traverse les mots et la musique de Gainsbourg, et l'histoire de la petite garce Marilou". Douze tableaux (pour les douze chansons) et quatorze danseurs forment ce spectacle. Les chorégraphies sont douloureuses mais légères et aériennes pourtant, les mouvements "légers et gais dans le désastre" pour citer la jolie formule de Fabienne Pascaud dans Télérama.

 

 

 

 

 


Pour ce spectacle, initié il y a deux ans et créé le 12 novembre 2009 à Grenoble, l'album a été réorchestré par Denis Clavaizolle et rallongé de 32 à 75 minutes. C'est Alain Bashung qui, quelques semaines avant sa mort, a enregistré la voix de ce spectacle. Dernier témoignage artistique du chanteur. Si la "version Bashung" n'atteint pas le génie absolu de l'interprétation de Gainsbourg, elle est tout de même très personnelle, respectueuse de l'esprit et de la rigoureuse qualité du chanteur disparu. A la base, Bashung devait être présent sur scène pour chanter. En lieu et place de l'artiste, une chaise de bureau vide qui n'est pas qu'un décor mais presque un personnage ou en tout cas le symbole de la présence-absence à la fois de Gainsbourg et de Bashung dont les âmes planant au-dessus du spectacle, "leur absence en héritage" selon les mots de Claude-Henri Buffard.

 

Intense et d'une grâce totale, le spectacle laisse sans voix et plonge son spectateur dans les volutes d'une obsession délétère et le spectre de cérémonie païenne.

 

 

jusqu'au 19 décembre 2009 à Paris (Théâtre du Rond-Point)

 

puis en tournée

 

les 12 et 13 janvier 2010 à Chambéry (Espace Malraux)

du 11 au 13 mars à Roubaix (Colisée)

les 4 et 5 mai à Toulouse-Blagnac (Odyssud)

les 10 et 11 mai à Besançon (Théâtre Musical)

les 18 et 19 mai à Alès (Le Cratère)

les 26 et 27 mai à Combs-la-Ville (Scène nationale de Sénart)

du 1 au 3 juin à Clermont-Ferrand (La Comédie)




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Par ...HB... - Publié dans : Spectacle
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