Yvan Attal est à l'affiche de Rapt, le nouveau film de Lucas Belvaux, sur les écrans depuis le 18 novembre. Après notamment son admirable trilogie Une couple épatant / Cavale / Après la vie (2003), le réalisateur (et acteur) belge signe un grand film inspiré d'un célèbre fait divers des années 1970.
Homme d'industrie et de pouvoir, Stanislas Graff est enlevé un matin comme les autres devant son
immeuble par un commando de truands. Commence alors un calvaire qui durera plusieurs semaines. Amputé, humilié, nié dans son humanité, il résiste en ne laissant aucune prise à ses ravisseurs.
Il accepte tout sans révolte, sans cri, sans plainte, c'est par la dignité qu'il répond à la barbarie. Coupé du monde, ne recevant que des bribes d'informations par ses geôliers, Graff ne
comprend pas que personne ne veuille payer la somme qui le délivrerait. Au-dehors, son monde se fissure au fur et à mesure de la révélation de sa personnalité. Tout ce qu'il avait réussi à
garder d'intimité, son jardin secret, est révélé à sa famille par l'enquête de police ou celle de la presse. Chacun découvre un homme qui est loin de ressembler à celui qu'il imaginait.
Quand il retrouvera la liberté, ce sera pour s'apercevoir qu'il a tout perdu, l'amour des siens, l'estime de ses collègues, son pouvoir, la confiance en ses proches. Sa libération se révélera
plus difficile à vivre que sa captivité.
Depuis plusieurs années, Lucas Belvaux voulait consacrer un film à "l'affaire Empain". En 1978, le baron Empain est enlevé et sa famille reçoit son doigt en même temps qu'une demande de rançon. Si Belvaux n'a pas voulu de reconstitution pour diverses raisons (budget, protagonistes encore vivants, volonté d'universaliser…), il s'inspire de ce fait réel pour l'inscrire dans notre société contemporaine. Un homme d'affaires médiatique et proche du pouvoir est kidnappé un matin comme un autre. Le film nous laisse d'ailleurs peu de temps pour découvrir le "Président" Stanislas Graff avant son rapt musclé non loin de son domicile dans le 16ème arrondissement parisien. La détention est violente, on lui coupe le doigt aussitôt pour montrer qu'on ne rigole pas, mais Graff reste presque impassible dans sa douleur, répondant à cette violence par une attitude assez noble mais aussi parce qu'il sait que, mort, il ne vaut plus rien. Lucas Belvaux parle du traitement des ravisseurs dans le film : "ils ne sont pas sympathiques. Leur seul but est de s'enrichir. Ils ont un goût certain pour la violence et le pouvoir. Donc ces personnages-là, je n'ai aucune volonté de les glorifier. Pour moi, ils incarnent l'essence du fascisme. (…) C'est la négation de l'être humain." Le réalisateur évoque aussi la complexité et l'ambigüité du personnage incarné magistralement par Yvan Attal, homme d'affaires controversé qui fut a posteriori soupçonné d'avoir orchestré son enlèvement pour que sa boîte rembourse ses dettes. "Comment peut-on penser à propos d'un otage : il l'a bien cherché? (…) C'est pour ça que je voulais que le personnage de Graff ne soit ni sympathique, ni particulièrement antipathique et qu'il était important de prendre une victime comme celle-ci, de cette origine et aisance sociale-là, pour montrer la monstruosité de ce raisonnement".
Lucas Belvaux montre parallèlement l'isolement du "Président" dans la solitude et la violence d'un côté et les révélations sur celui-ci de l'autre. Graff ignore non seulement pourquoi la rançon tarde tant, au-delà de son montant faramineux et donc quasiment impossible à rassembler, mais aussi que ses secrets si bien gardés sont jetés en pâture. Belvaux ne signe pas un polar ordinaire avec ses négociations, stratégies, actions, etc… Il décrit les conséquences de cette histoire sur notre société ; de PDG respecté Graff passe au statut de nanti dévoyé, flambeur et malhonnête… L'attitude de son entourage également est intéressante. On se rend compte que ce rapt arrange finalement un associé ambitieux, des actionnaires inquiets et des journalistes avides de révélations poisseuses. Son épouse (Anne Consigny, très juste) apprend la vie de l'homme avec qui elle vit : dettes de jeux, maîtresses, folie des grandeurs… A son retour, Graff comprend qu'il ne pourra plus mener cette vie, qu'il doit repartir de zéro. Quand il rentre chez lui, le seul réconfort qu'il trouve est celui de revoir son chien, seul être fidèle (car dénué d'intérêts financiers par exemple). Lucas Belvaux pose ainsi (sans prendre parti) la question de savoir si l'on doit vivre aussi librement que l'on veut sans se soucier des conséquences de nos actes pour nos proches.
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