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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Littérature

Fiction ou fait divers? Du fond de sa cellule, une femme écrit en se souvenant de la lente descente aux enfers qui l'a menée à commettre le crime le plus odieux : tuer son enfant.

 
 
 

Mère aimante, épouse dévouée (mais surtout soumise par la peur et une culpabilité que la narratrice développe tout au long de son récit), cette femme est devenue une infanticide. Comment sa grossesse a-t-elle pu échapper à ses proches, même à son mari? Sa folie et ses mensonges ont-ils commencé dès l'enfance? C'est à ces questions que la narratrice tente de répondre.

 
 
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Mazarine Pingeot écrit un monologue violent et parfois incommodant parce qu'il est choquant de lire une mère écrire cela. Le cimetière des poupées est une longue confession au seul homme qu'elle ait aimé, son mari. Son amour malsain, tragique, l'a menée à la folie meurtrière. "Ton idéal m'est devenu un poids, une souffrance, je mesurais chaque jour l'écart et m'enfonçais dans une spirale où l'abîme était celui d'un miroir qui, réfléchissant, se noircit à mesure. Je m'aimais de moins en moins, et tu aurais eu raison de me faire remarquer que ce désamour était le stade ultime de l'amour-propre, de l'obsession de soi, que le doute n'était qu'une lanière de m'enfermer en moi-même et d'aliéner mon regard à l'intérieur, toujours et seulement à l'intérieur."

 
 
 

Avant même sa sortie, le nouveau roman de Mazarine Pingeot a créé la polémique. Le cimetière des poupées traite d'une mère infanticide ayant caché son bébé dans son congélateur. Polémique creuse car l'enjeu n'est pas de savoir s'il existe un lien entre le roman et l'affaire Courjault, mais de voir comment l'auteure parvient à nous emmener dans les pires endroits de l'âme sans susciter le dégoût.

 
 
 

Elle veut pas se justifier, juste essayer d'être comprise -mais peut-on comprendre un tel geste? Alors, elle cherche en elle-même les origines de ce "mal", considérant qu'elle a toujours été un monstre en puissance avant de le devenir en acte, un "problème structurel et non conjoncturel".

 
 
 

Contradictions, obsessions de la féminité, tourmentes du couple, difficulté d'être une mère sont autant de thèmes de Mazarine Pingeot développe dans ce roman, admirablement écrit.

 
 
 

"Il n'y a que celui qui aime qui peut donner la mort, parce que c'est encore donner, et non enlever, retirer et punir. C'était un don, et je ne suis pas folle, mon don à celui qui existait déjà, on ne donne pas à e qui n'existe pas encore, on donne on prend et on garde, on donne pour garder et tu n'aurais rien su, tu aurais pu ne rien savoir, ils auraient dû ne rien savoir, leur savoir nous salit, leur savoir me transforme, leur regard n'est pas juste…" écrit-elle à son mari au paroxysme de sa folie.

 
 
 

Haine de soi et égocentrisme exacerbé sont les principales caractéristiques paradoxales et pourtant inhérentes à ce personnage que Pingeot ne tente pas de rendre sympathique (au sens d'attirer la compassion) mais de comprendre. Comprendre comment une mère peut commettre la chose la plus ignoble qui soit.

 
 
 

Mazarine Pingeot réussit à emporter le lecteur dans les tourments de cette femme et l'on se sent étrangement calme en lisant ces lignes, aux mots acérés, sans concession, au rythme précipité, comme s'il y avait une urgence. Ce roman est une preuve de courage artistique car on imagine la douleur à écrire de telles choses, ces pensées sordides, ces vérités interdites. Le terme de "vérité" est d'ailleurs un passage crucial du roman. "On attend une vérité, ma vérité. Mais quelle autre vérité sinon que la mienne pourrais-je bien donner, et la mienne a-t-on dit, est monstrueuse. Les gens sont-ils capables d'admettre une vérité monstrueuse? On a décidé, n'est-ce pas, qu'une vérité devait être raisonnable, ou au moins rationnelle. Mais une vérité n'est jamais raisonnable. Il n'y a de vérité qu'atroce, et la mienne est atroce, et je ne m'en plains pas, la vérité d'un monstre n'est pas moins vérité que les autres, n'est-ce pas?"

 
 
 

Un livre qui ne laisse pas indifférent. Un des évènements de la rentrée littéraire. De la mienne, en tout cas.

 

 
 

Le cimetière des poupées (Mazarine Pingeot). Editions Julliard.

...HB...

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