J'aime profondément les USA. Mais il est des moments où je ne comprends pas ce pays, son fonctionnement. Son système judiciaire en particulier. Encore 38 des 50 Etats (51 si l'on compte le District de Columbia qui n'est pas un Etat mais un territoire sous juridiction fédérale) ont la peine de mort légalisée. Alors, malgré la passion que j'ai pour les USA, cette ombre au tableau m'attriste, le mot est faible…
En plus, de nombreux prisonniers attendent des années dans "les couloirs de la mort" avant d'être exécutés, ce qui constitue un sorte de 'double peine' (je m'excuse auprès des juristes si je n'emploie pas les bons mots, je n'ai pas fait de droit). Certaines personnes sont condamnées à 150 ans de prison (et oui!). D'autres y croupissent vainement, sans même être coupables parfois…
La dernière fois que je suis allé aux USA, j'ai passé deux jours dans une réserve indienne où ils sont "parqués". Une grande humilité
et une grande dignité les caratérisent.
Leonard Peltier, indien Anishinabe/Lakota-Sioux, est né le 12 septembre 1944. Il est inculpé depuis 1975 pour l'assassinat de deux
agents du FBI et condamné à deux peines consécutives de prison à perpétuité le 2 juin 1977 à Fargo, Dakota du Nord. Il est incarcéré au pénitencier fédéral de Leavenworth, Kansas pour un crime
qu'il n'a pas commis. Amnesty International le considère comme un prisonnier politique, qui "devrait être libéré immédiatement et sans condition". Il est une des victimes
de la guerre cachée menée par le gouvernement américain et le FBI contre l'American Indian Mouvement (Mouvement Indien Américain - AIM). Son procès n'a jamais été révisé.
Au début des années 1970, le FBI utilisant son programme de contre espionnage interne (le COINTELPRO) entreprend de déstabiliser et
neutraliser l'AIM, dont Leonard Peltier est l'un des leaders. Le 26 juin 1975, une fusillade éclate, après l'intrusion illégale de deux agents du FBI, sur une propriété de la réserve de Pine
Ridge (Sud Dakota), où se trouve un campement de l'AIM. Les deux agents ainsi qu'un jeune amérindien membre de l'AIM trouvent la mort. Leonard Peltier est arrêté, inculpé des meurtres des
agents et condamné à deux peines de prison à perpétuité alors qu'il n'existe aucune preuve de sa culpabilité. Depuis 1976, Leonard Peltier clame son innocence. En 1981, grâce à la
Loi de Liberté d'Information, sur 18 000 pages détenues par le FBI, ses avocats en obtiennent la déclassification de 12 000. Dans ces pages se trouvent de nombreuses preuves des malversations
du FBI dont un rapport balistique stipulant que l'arme attribuée à Leonard Peltier n'est pas l'arme du crime. Au vu de ces nouveaux éléments, un demande pour l'obtention d'un
nouveau procès est déposée. Le gouvernement américain reconnaît alors qu'il "ne peut pas prouver qui, en particulier, a tué les agents". Malgré cela, à cause d'une "technicité
judiciaire", la demande d'un nouveau procès est rejetée.
En janvier 2001, le président Bill Clinton ne lui a pas rendu sa liberté, évitant de lui accorder une grâce le dernier jour de son
mandat. Leonard Peltier est devenu le symbole de la résistance des peuples indigènes au niveau international. Il est soutenu par Nelson Mandela, Desmond Tutu, Rigoberta Menchu, le Dalaï Lama,
le Parlement Européen, Amnesty International mais aussi par des artistes comme Rage Against The Machine ou Renaud et par plusieurs millions de personnes à travers le monde. Leonard Peltier est,
pour de nombreux amérindiens, un symbole de la lutte et de la résistance des amérindiens.
Renaud a écrit une chanson, Leonard's song, pour cet homme. Si Renaud est souvent complaisant ou consensuel, ses textes ne manquent pas de sincérité.
Huit millions de tes frères
Génocidés naguère
Sur ce qui fut la terre
Sacrée de tes ancêtres
Et ils sont toujours fiers
Du général Custer
Des héros légendaires
De la conquête de l’ouest
Du Buffalo Bill ce con
Qui tuait les bisons
Comme on tire au pigeon
Débile Buffalo
D’Davy Crockett ce fou
Dont les renards, les loups
Se souviennent surtout
Parce qu’il leur fit la peau
Entendras-tu ces mots
De derrière tes barreaux
Leonard
Du fond de ta cellule
Dis-leur qu’on les encule
Ces connards
Ce peuple de barbares
Ce pays blanc et noir
A construit son pouvoir
Sur le sang des Cheyenne
Mais les livres d’histoire
Ont perdu la mémoire
Pas un mot à la gloire
De ces nations Indiennes
Qui respectaient la vie
Et la terre et ses fruits
Et prêtaient aux fourmis
Une âme magnifique
Pas de drapeaux en berne
Pour qu’un môme se souvienne
De cette Shoah ancienne
Qui a bâti l’Amérique
Entendras-tu ces mots
De derrière tes barreaux
Leonard
Du fond de ta cellule
Dis-leur qu’on les encule
Ces connards
Tes frangins survivants
Quelques milliers pourtant
Furent bien gentiment
Parqués comme bétail
Dans des réserves sordides
Où vous crevez, tranquilles
Alcool, drogues, suicides
Loin du monde qui braille
Toi tu as pris ton fusil
Pour refuser l’oubli
Tu n’as pas leur folie
Tu as tiré en l’air
Et tu as pris perpette
Trente ans que tu végètes
À l’ombre des tempêtes
Qui agitent la terre
Entendras-tu ces mots
De derrière tes barreaux
Leonard
Du fond de ta cellule
Dis-leur qu’on les encule
Ces connards
Je vis très loin de toi
Mais, tu sais, je suis là
Tu entendras ma voix
Un jour dans les nuages
Au pays de Voltaire
Résonne la colère
Contre ces tortionnaires
Qui t’ont jeté en cage
Puisse un jour ma chanson
Aux murs de ta prison
Ouvrir un horizon
D’amour et de lumière
Devenir un totem
Pour te dire "je t’aime"
L’innocent qu’on enchaîne
Sera toujours mon frère
Entendras-tu ces mots
De derrière tes barreaux
Leonard
Du fond de ta cellule
Dis-leur qu’on les encule
Ces connards
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