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Jeudi 24 avril 2008

Chaque sortie de film de Michael Haneke est un évènement très attendu. Surtout depuis le triomphe mérité de La Pianiste en 2001. Code inconnu (2000), Le temps du loup (2003), Caché (2005) forment une continuité dans la cinéma de la violence. Mais avant ces succès français, Haneke avait déjà réalisé quatre longs-métrages en Allemagne et en Autriche : la trilogie de "la glaciation émotionnelle" Le septième continent (1988) / Benny's Video (1992) / 71 fragments d'une chronologie au hasard (1995) et le mythique Funny Games (1998).

Ce dernier fait justement, dix ans plus tard, l'objet d'un remake, par Haneke lui-même, sur les écrans depuis le 23 avril.

 

 

 


J'aime profondément Michael Haneke. J'aime sa direction d'acteur, son approche du cinéma, son écriture, ses images. Son aspect subversif aussi. Je me souviens de personnes quittant la salle pendant les projections de La Pianiste ou Le temps du loup. Ce fameux auto-remake baptisé simplement Funny Games US a pour but, selon le cinéaste -honnête-, de toucher un public plus large parce que ses premiers films ne sont pas diffusés aux USA. "Parce que c'était un film en langue étrangère et que les acteurs étaient inconnus des américains, le film original n'a pas atteint son public. Lorsqu'on m'a suggéré de le refaire en anglais, j'ai accepté...à condition que Naomi Watts en soit la vedette".

 

Mais parlons de cette nouvelle version que j'attendais depuis plusieurs mois.

 

Ann, George et leur fils Georgie sont en route vers leur résidence secondaire pour y
passer l'été. Leurs voisins, Fred et Eva, sont déjà arrivés et ils décident de se retrouver
tous le lendemain matin pour une partie de golf. Tandis que son mari et son fils s'affairent sur leur voilier récemment remis en état, Ann commence à préparer le dîner. Tout à coup, elle se trouve face à face avec un jeune homme extrêmement poli, Peter, un des invités de ses voisins, venu, à la demande d'Eva, lui emprunter quelques œufs. Ann s'apprête à les lui donner quand soudain, elle hésite. Comment Peter est-il entré dans leur propriété? Les choses prennent vite un tour étrange et débouchent sur une explosion de violence.

 

 



 


L'originalité de ce remake, hormis le fait que Haneke l'ait fait lui-même, c'est qu'il a choisi de filmer cette nouvelle mouture en reprenant exactement les mêmes plans, et quasiment les mêmes dialogues. Comme Hitchcock le fit en son temps. Autant le dire de suite, et malgré la très grande qualité de la version US, la version originale de 1998 est supérieure, essentiellement par le fait des acteurs, notamment l'extraordinaire Ulrich Mühe (tête d'affiche de La vie des autres et mort en juillet 2007). Difficile d'égaler son propre chef d'œuvre.

 

Funny Games est sûrement le plus dérangeant des films de Haneke. C'est celui où l'on trouve la représentation la plus gratuite de la violence. La morale est abolie. Et lorsqu'il s'agit de détrousser des vacanciers bourgeois, on ne peut pas imputer cela à une revendication sociale car les bourreaux sont du même milieu aisé.

 

"Je cherche à montrer la violence telle qu'elle est vraiment : une chose difficile à avaler. Je veux montrer la réalité de la violence, la douleur, les blessures infligées par un être humain à un autre. (...) Dans beaucoup de films américains, la violence est devenue un produit de consommation." déclare Haneke.

Aussi ne sommes-nous pas étonnés de voir la première réaction de la mère quand les "bourreaux" se sont éloignés : couvrir le cadavre? porter secours au survivant? non. Eteindre la télévision, alors qu'elle a encore les pieds et poings liés.

 

Funny Games (US ou pas) est fondamentalement exceptionnel, éprouvant et dérangeant. Les regards vers la caméra des assassins rendent littéralement complices les spectateurs à qui il est demandé par un des tueurs "vous voulez un dénouement dramatique?" après que celui-ci nous ait adressé un clin d'œil plus tôt dans le film.

 

Funny Games, au-delà du film, est une expérience. On peut se demander comment on a supporté cette ultra-violence gratuite pendant près de deux heures. En tout cas, Michael Haneke se montre une fois de plus brillant dans le cinéma de la violence et des rapports humains au sein de cette barbarie.



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par ...HB... publié dans : Cinéma
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