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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #hugobrown

Il y avait un moment que je voulais consacrer un article à la procrastination. Je le fais enfin. C'est en lisant l'article que vous comprendrez pourquoi j'ai un peu tardé…

 
 

La procrastination est un terme relatif à la psychologie qui désigne la tendance pathologique à remettre systématiquement au lendemain quelques actions, qu'elles soient limitées à un domaine précis de la vie quotidienne ou non. Le Petit Robert la définit comme la "tendance à tout remettre au lendemain". Le mot est emprunté au latin procrastinatio, qui signifie ajournement, délai, et non à l'anglais to procrastinate, dont le substantif s'écrit comme en français.

 

Cette tendance apparaîtrait au fil des études, affectant en particulier des étudiants doués, habitués à réussir les épreuves avec aisance et à être reconnu pour leur talent. Le "retardataire chronique" n'arrive pas à "se mettre au travail", surtout lorsque ça ne lui procure pas de gratification immédiate.

Mais le 'problème' est peut-être plus profond. Devant un effort inhabituel, et pour peu que les parents aient des attentes démesurées, ces étudiants perdent confiance en eux et ressentent une angoisse.

 

Dans son passionnant article sur la procrastination (paru dans Vies à vies, bulletin du service d'orientation et de consultation psychologique de l'université de Montréal, Volume 11, numéro 1 - septembre 1998), la psychologue Marie-Andrée Linteau dit que "ce n'est ni de la paresse, ni de la mauvaise volonté. C'est une façon, subtile parfois, de se protéger de peurs intenses et d'éviter de faire face à des problèmes personnels." La procrastination va généralement de paire avec le perfectionnisme, "tendance d'une personne à estimer inacceptable le travail qui ne soit pas fait à la perfection". Comme chacun sait que la perfection n'existe pas, la personne n'accepte pas l'idée d'imperfection et ne fait rien, ou plutôt fait beaucoup de choses autres (telles qu'aller au cinéma, faire les courses, écrire des articles sur un blog…) que LA tâche problématique. La procrastination peut être sans conséquences graves (vaisselle à faire entassée dans l'évier, manquer sa séance au cinéma…), mais peut s'avérer plus sévères parfois (perte d'emploi, voire divorce).

 

La peur d'échouer est souvent à la base d'une attitude de procrastination. Comme le souligne Marie-Andrée Linteau, "on en vient à évaluer sa valeur personnelle uniquement en fonction de ce que l'on fait (…) on peut choisir de ne pas être dans la course pour se protéger d'une défaite possible. Performance et contre-performance sont cousins germains!" Parfois, la procrastination peut être une façon de dire à l'autre que l'on est plus fort que lui, qu'il ne nous dominera pas ; elle devient alors une 'arme' pour affirmer son indépendance face à une autorité. C'est choisir de se mettre en dehors de tel ou tel système. Pour les personnes qui ont une difficulté vis-à-vis de l'attachement, elle est un moyen d'échapper aux engagements, d'éviter d'être envahi.

 

La procrastination se retrouve dans la plupart des comportements dépressifs. Comme dans une phase de dépression, toute action est encore plus difficile qu'à l'habitude, l'on préfère reporter au lendemain…qui ne s'avère pas forcément plus fructueux. Il y a aussi la question de l'isolement. Le procrastinateur a peur que les autres ne prennent trop de place dans sa vie, il est angoissé à l'idée de dévoiler ses 'mauvais côtés'. Si son intimité (sa bulle) n'est pas respectée, il se met à nu, tombe le masque et craint le rejet de l'autre. Car la procrastination est aussi signe d'un manque de confiance en soi. Le sujet pense que l'autre ne l'évalue pas pour ce qu'il est, mais pour ses performances.

 

Paradoxalement, la procrastination est à la fois un manque de confiance en soi (une dépendance au regard de l'autre, et donc à celui des parents qu'ils soient vivants ou non) et une attitude rebelle (réclamer son indépendance et ne faire les choses que pour soi-même, refusant les délais, les contraintes). Paul Watzlawick, un psychologue américain, disait : "La maturité, c'est de faire ce que l'on veut, même si nos parents nous ont dit de le faire."

Cette maturité vient peut-être finalement quand on accède à son indépendance en faisant les choses à notre rythme et non en faisant les choses à notre rythme pour montrer notre indépendance…


...HB...

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Iza 03/04/2006 23:26

C'est fou, je m'y reconnais aussi! Cet article est passionnant, je ne connaissais ni le terme de "procrastination" ni les études qui étaient faites dessus. Je me pencherai sur l'article que tu cites, c'est un sujet très intéressant! Merci! ;)

Aurélie N 13/03/2006 13:54

Et bien, au dela d'un article interessant, il y a bien  plus qu'une lecture attentive si ce n'est une lecture interessé... Car plus j'avancais dans la lecture et plus je me disais "tiens on dirait moi"... Et ce sur un important nombre de détails... Merci car je continue de me decouvrir avec toi..

G 13/03/2006 00:39

Bon, quitte à rabâcher, encore un article très intéressant, mais il a pour moi une résonnance partiulière, j'ai vraiment l'impression de m'y reconnaitre... Ce qui, d'une certaine façon, ne me rassure pas beaucoup...
Je ne pense pas être un étudiant particulièrement doué, mais pour le reste, je note beaucoup de similitudes...

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