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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma


Pigiste au journal ELLE, Claire Rocher (Karin Viard), fan de la star Elisabeth Becker (Agnès Jaoui), est amenée par un concours de circonstances à lui rendre service. Conquise par la prévenance de Claire, Elisabeth l'embauche comme assistante et la charge de s'occuper de tous les détails de sa vie matérielle. La situation, idyllique au début, se dégrade vite. Claire n'a aucune confiance en elle (Je ne sers à rien, et je n'ai personne qui m'aime avoue-t-elle un soir, l'alcool aidant). Elle se dévoue à Elisabeth telle une esclave en pensant s'en faire une amie, même si cette dernière a pris comme nouvel amant Mathias (Jonathan Zaccaï), que Claire aime secrètement. Mais Elisabeth exerce son pouvoir auprès des hommes comme auprès de Claire, qu'elle ne cesse d'humilier. La star va bientôt ne plus pouvoir supporter Claire et l'admiration sans borne qu'elle lui voue…

 

Le rôle de sa vie est le premier film de François Favrat. Quant à la genèse de ce long-métrage, le réalisateur déclare : "J'avais envie de développer un sujet autour de l'admiration pour des êtres charismatiques et de la dépendance qui en découle. Des éléments de mon expérience personnelle entraient en jeu. Je me retrouve plutôt dans le personnage de Claire, dans son tempérament un peu timide et enfantin. D'autre part, je me suis servi de mon passé d'assistant réalisateur d'Olivier Assayas ou de Christophe Blanc et de mes observations sur la célébrité, le pouvoir qu'elle procure mais aussi son lot de solitude. D'où l'idée de confronter ces deux femmes aux caractères opposés et de mettre en scène leur relation."

 

Pour les besoins de son film, François Favrat s'est influencé de manière évidente du classique All about Eve de Joseph L. Mankiewicz (1950), même si le synopsis est différent et qu'il s'agit là de théâtre et non de cinéma.

 

Claire est un personnage effacé, généreux et seul, on le comprend très rapidement. Elle reste la dernière à son travail, fait des efforts énormes avec son colocataire qui ne paie que rarement sa part du loyer et semble toujours prête à rendre service. Elle a le sentiment d'être inutile et sa rencontre avec la star Elisabeth Becker va bouleverser sa vie. Quand une si grande actrice lui propose d'être son assistante, c'est au-delà de ses rêves les plus fous. Au début, Elisabeth va se prendre d'amitié pour Claire (Je pense qu'elle n'est pas comme les autres) mais leur relation va tourner au rapport dominant-dominé car la star se révèle très exigeante et autocratique. Elle l'avoue elle-même, elle ne supporte pas quand les choses ne se déroulent pas comme elle le veut. Selon le réalisateur, le personnage d'Elisabeth Becker n'est pas exclusivement inspiré d'actrices célèbres, mais plus généralement de personnes détentrices d'un pouvoir ou d'une notoriété, des personnalités dont le narcissisme est sans arrêt encouragé par un entourage servile et qui, en dépit d'une réussite apparente, sont confrontées à un isolement et une solitude extrêmement violentes.

 

On perçoit très vite les fêlures de la star, qui a peur de finir seule dans son grand appartement. Elle avoue lors d'une première qu'elle ne supporte plus d'entendre quelqu'un prononcer le nom d'Elisabeth Becker et se rend compte de son immense solitude. Car elle est toujours très entourée (producteur, impresario, assistants, chauffeurs…) et sa solitude au milieu des autres est encore plus douloureuse. "J'ai 38 ans et je n'ai pas d'enfant" dit-elle en pleurant à Claire. Tout le monde voit Elisabeth Becker mais pas forcément la femme qui vit derrière l'actrice. On ressent rapidement la détresse intérieure d'Elisabeth sous la carapace de dureté.

 

La fraîcheur de Claire la séduit de prime abord donc, mais, comme beaucoup de stars, elle est partagée entre le besoin d'être adulée et l'envie de se fondre dans la masse, besoin que quelqu'un écoute ses caprices et agacée quand on lui est trop dévoué. Claire, obnubilée par son idole, devient très vite une "béniouioui" qui passe son temps à se confondre en excuses, ce qu'Elisabeth finit par ne plus supporter. Claire ne se rend pas compte qu'elle est l'esclave de la star autoritaire tant cette situation la sort d'un quotidien ennuyeux. Car son emploi de pigiste n'est qu'alimentaire, elle écrit et rêve d'être publiée.

 

Petit à petit, Claire va prendre plus d'aisance et de confiance en elle, ce qui agace Elisabeth, qui n'a de cesse que de l'humilier. La relation qu'Elisabeth entretient avec Mathias (arboriculteur n'aimant pas du tout le milieu du show-business) est houleuse car il ne supporte pas les contraintes que la star lui impose par peur de voir sa vie privée révélée. Claire, amoureuse de Mathias, observe la situation avec douleur mais n'en montre rien. Elle profite du temps libre que lui accorde sa nouvelle activité pour continuer à écrire. Elisabeth et Claire sont en fait malheureuses toutes les deux, chacune s'enfermant dans son rôle sans savoir comment s'en sortir. Car les deux sont un peu coupables de la situation. Le jeu de l'une fait le jeu de l'autre et inversement, ce qui les entraîne dans un cercle vicieux artificiel. Chacune pose finalement un regard lucide sur la situation et choisit la solution qui semble le mieux lui convenir.

 

Grâce à Mathias, Claire va comprendre qu'elle est devenue le jouet d'Elisabeth et c'est lui qui va lui donner le courage de s'affirmer. Quand Claire décide de quitter le poste d'assistante qu'Elisabeth lui avait confié, elle trouve le courage de dire à la star ce qu'elle pense d'elle. L'actrice réalise alors qu'elle est elle-même dépassée par le phénomène de dévotion qu'elle suscite. On est surpris de voir que Claire s'est renforcée par cette expérience, qu'elle ne regrette pas d'avoir côtoyé un "soleil" comme Elisabeth et que le cœur de cette dernière est finalement loin d'avoir été pourri par le show-business, bien qu'elle ait du mal à l'exprimer. La scène finale, que je ne révèlerai pas, est très émouvante.

 

Consciente qu'elle ne fait pas partie du même milieu, Claire résume la situation avec une phrase assez juste : "Il me semble que l'humanité se divise en deux parties inégales : ceux que l'éclat physique, l'assurance en eux-mêmes et le rayonnement personnel rendent invulnérables, et l'immense majorité des autres qui se définissent par le manque, la frustration, l'observation secrète et impuissante de ce qu'ils n'atteindront jamais. Inutile de vous préciser de quel camp je fais partie. J'appartiens au royaume des ombres."


...HB...

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