Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

Alexandre Arcady s'empare d'un fait divers et adapte le livre témoignage de la mère d'Ilan Halimi dans son nouveau film, 24 jours. Si Zabou Breitman est convaincante, le film reste très embarrassant par ses effets appuyés, son manque de nuance et son refus (involontaire, espérons-le) de l'apaisement.

 

 

Affiche-24-jours.jpg


 

Elle est entrée dans une boutique de téléphonie sur le boulevard Voltaire. Elle a fait mine de s’intéresser aux nouveaux portables, a obtenu le numéro du vendeur et s’en est allée. Elle l’a rappelé dès le lendemain, lui a dit qu’elle voulait le revoir. Ilan ne s’est pas méfié. Il avait vingt-trois ans, la vie devant lui… Comment pouvait-il se douter qu’en rejoignant cette jolie fille dans un café de la porte d’Orléans, il avait rendez-vous avec la mort ? Le vendredi 20 janvier 2006, Ilan Halimi, choisi par le gang des Barbares parce qu’il était juif, est enlevé et conduit dans un  appartement de Bagneux. Il y sera séquestré et torturé pendant trois semaines avant d’être jeté dans un bois par ses bourreaux. Retrouvé gisant nu le long d’une voie de chemin de fer à Sainte-Geneviève-des-Bois, il ne survivra pas à son calvaire. Dans ce film, Ruth Halimi revient sur ces 24 jours de cauchemar. 24 jours au cours desquels elle aura reçu, elle et son mari, Didier, plus de six cents appels, des demandes de rançon dont le montant ne cessera de changer, des insultes, des menaces, des photos de son fils supplicié…  24 jours d’angoisse de toute une famille, contrainte de garder le silence pour laisser travailler la police criminelle. Mais le 36 Quai des Orfèvres ne sait pas à quels individus il a affaire. Personne ne mesure la haine antisémite qui habite les ravisseurs, et ne s’imagine qu’Ilan allait perdre la vie...

 

 

 

 


 

Alexandre Arcady s'est toujours intéressé aux enjeux du Moyen-Orient et aux conflits entre peuples de différentes confessions. Malgré une filmographie plus que discutable, le réalisateur a connu de nombreux succès (Le Grand Pardon, L'union sacrée) mais aussi de sérieux revers (Ce que le jour doit à la nuit, Les cinq doigts de la main). Révolté, à juste titre, face à la résurgence de l'antisémitisme en France, Arcady a choisi de mettre en images l'atroce histoire d'Ilan Halimi, victime de la folie de ceux qui seront surnommés le Gang des Barbares. Pour cela, il adapte le récit de la mère de la victime. On ne peut pas reprocher à Arcady de vouloir ancrer cet odieux fait divers dans les mémoires, mais le film pose tout de même de nombreux problèmes.

 

La première mauvaise idée est l'adaptation du livre de Ruth Halimi. Dans sa douleur de mère, que personne ne viendra contester, elle a écrit sa vérité, elle a hurlé son désespoir, elle a tenté de faire son deuil, s'il est possible de le faire. Mais pour réaliser un film sur une affaire de cette importance, il ne suffit pas de se placer uniquement du côté des victimes, comme le claironne Arcady. Personne ne minimisera l'horreur absolue de ce qu'a vécu Ilan Halimi, ni l'incommensurable souffrance de ses proches, mais la pudeur, la subtilité et la dignité devait prendre le dessus. Ici, la musique assommante, les ralentis ridicules, les effets de montage et de transitions sonores sont carrément déplacés. Il suffisait de faire confiance à la force de l'histoire, sans en rajouter et tomber dans un pathos gênant. En plus de sa lourdeur, le film souffre de l'incohérence de son point de vue. Arcady choisit de rester du côté de la famille et de l'enquête de police. Mais en nous montrant les sévices infligés au jeune homme, il franchit la barrière et se place du côté des bourreaux, malheureusement de manière trop lapidaire et trop voyeuriste pour être honnête. 24 jours porte, en dépit de ses bonnes intentions, un discours involontairement dangereux, qui dénonce sans aucun recul la police qui travaillerait toujours mal et les témoins incapables de faire avancer l'enquête. Maladroitement, Arcady signe un film communautariste qui divise et attise les haines là où la seule attitude responsable est celle de l'apaisement. Arcady manipule un matériau sensible et nous somme d'être en empathie sans condition sous peine d'être taxé d'antisémitisme. Enfin, les vingt dernières minutes sont obscènes, notamment la mort d'Ilan et son exhumation pour être enterrer à Jérusalem. Le cinéma est parfois, aussi, affaire de morale. On peut tout montrer, mais il n'est pas souhaitable de tout voir, surtout quand l'enjeu sociétal est si explosif.

 

 

...HB...

Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog