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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma



Sorti en 2002, ce film de Todd Haynes avec Julianne Moore, Dennis Quaid et Dennis Haysbert se présente comme un mélodrame, au sens noble du terme, tourné comme s'il s'agissait d'un film des années 1950, époque à laquelle se situe l'intrigue.

 

C'est l'histoire de Cathy Whitaker (Julianne Moore). Elle est l'épouse docile et fidèle d'un chef d'entreprise renommé (Dennis Quaid) et affirme que c'est ce dont elle a toujours rêvé. Une belle maison dans laquelle elle organise des réceptions et élève ses deux enfants avec l'aide d'une gouvernante. Quand elle découvre les zones d'ombre de la vie de son mari, c'est vers un jardinier noir (Dennis Haysbert) qu'elle se tourne. Mais dans l'Amérique des années 1950, peut-on aimer un homme d'une autre race et d'un autre milieu?

 

Le couple Whitaker semble être le couple "parfait". D'ailleurs, Cathy pose pour des photos dans un journal féminin en tant que femme au foyer modèle, généreuse et investie dans les causes sociales. Une des clefs de Loin du paradis est d'ailleurs la relation entre Cathy et Raymond (le jardinier noir). Cathy ayant découvert la double vie de son mari, elle se confie à Raymond et cette complicité ne manque pas de choquer la petite ville dans laquelle elle vit car il est impensable, à l'époque, qu'une blanche de son milieu s'affiche avec un noir. Il y a bien évidemment dans ce film un plaidoyer pour la tolérance, contre le racisme.

 

Dès les premières images du film, les Whitaker symbolise le couple modèle américain des années 1950. Une grande maison, une femme attentionnée, deux beaux enfants bien élevés, une gouvernante dévouée, un mari heureux de rentrer dans son cocon après une dure journée de travail. Ce qui m'intéresse particulièrement dans ce film, c'est le souci du détail qu'a eu le réalisateur en voulant recréer un Amérique éloignée de celle d'aujourd'hui. On est plongé dans une autre Amérique, celle d'il y a plus de cinquante ans, au travers des personnages, des couleurs, des costumes et jusqu'à la bande originale du film, signée Elmer Bernstein, qui retrouve l'esprit des musiques des films de l'époque.

 

Revenons au couple Whitaker. Tous les soirs, Franck (le mari) prétexte des réunions à rallonge pour retarder le moment où il devra regagner son domicile. Il va au cinéma, erre dans les rues, dans des bars… Un soir, Cathy décide de lui faire une surprise en lui apportant son repas à son bureau et le découvre dans les bras d'un autre homme. L'homosexualité, thème complètement tabou à l'époque, de Franck va ronger le couple. Au début, en épouse docile, elle fait mine de comprendre et d'aider son mari à "guérir de cette maladie" (je mets bien des guillemets). Il lui avoue avoir déjà eu des expériences homosexuelles avant leur mariage mais pensait que cela allait passer. Le couple tente donc de recoller les morceaux et surtout de faire en sorte que personne ne soit au courant de cette histoire (Cathy ne le confie pas même à sa meilleure amie). Franck consulte donc un psychiatre et entame un traitement. Mais, comme chacun sait, l'homosexualité n'est pas une maladie et rien ne peut empêcher l'attirance de Franck pour les hommes. Et plus Franck s'éloigne de Cathy, plus celle-ci se rapproche de Raymond, créant comme une cabale contre elle et surtout contre Raymond dans la ville. Devant les menaces, Cathy et Raymond décident de ne plus se voir et les Whitaker tentent de sauver leur couple.

Cette situation me semble typique de l'image du couple des années 1950 : sauver les apparences coûte que coûte.

 

Malgré le fossé qui se creuse entre les époux, il n'est pas question de divorcer ou de laisser transparaître quoi que ce soit lors des réceptions organisées par Cathy. Tout bascule quand Franck comprend que ce qu'il pensait être une maladie n'est que sa nature. Il rencontre un homme avec qui il s'installe et demande le divorce. Cathy, effondrée, se retrouve seule, humiliée (dans la société de l'époque) et se rend compte qu'elle aime Raymond, malgré les tabous qu'on lui a inculqués. Je ne dévoilerai pas la fin du film, pas si prévisible, mais très poignante…

 

Loin du paradis nous montre donc l'image d'un couple déchiré dans l'Amérique des années 1950. Une société sous l'emprise de tabous qui font le malheur des protagonistes. Ce film ne tombe jamais dans la mièvrerie et aborde avec finesse le sujet délicat de la position de la femme à cette époque. Une femme fière de montrer à sa voisine ébahie l'acquisition d'appareils électroménagers, une femme qui met à l'écart des désirs, ses envies, ses fantasmes, sa quête de liberté pour s'occuper de ses enfants et donner l'image d'une épouse et mère modèle.


...HB...

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