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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

REPERES BIOGRAPHIQUES
 

Agnès Jaoui est née le 19 octobre 1964 dans la région parisienne. Etudiante au lycée Henri IV, elle poursuit ses études jusqu'à 20 ans et après avoir fait Hypokhâgne/Khâgne, elle se lance dans le théâtre en prenant des cours au Théâtre des Amandiers, à Nanterre, avec Patrice Chéreau, qui la fera d'ailleurs tourner, avec tous ses élèves acteurs dans son film Hôtel de France. Elle part ensuite au cours Florent, élève de Francis Huster puis de Daniel Mesguish, sur les mêmes bancs qu'Anne Roumanoff ou Mylène Farmer.

En 1987, alors qu'elle joue dans un film intitulé L'anniversaire, elle fait la rencontre de Jean-Pierre Bacri.

 

Jean-Pierre Bacri est né le 24 mai 1951 à Castiglione (Algérie). Enfant, il découvre le cinéma grâce à son père, guichetier d'un cinéma le week-end. Il quitte l'Algérie et émigre avec ses parents à Cannes en 1962. Là, il poursuit ses études au Lycée Carnot dans le but de devenir professeur de latin et de français. En 1976, il monte à Paris et abandonne l'idée d'enseigner pour travailler dans la publicité. Il suit également une formation au Cours Simon mais préfère d'abord s'intéresser à l'écriture. Il écrit sa première pièce, Tout simplement, en 1977, puis Le timbre en 1978 et reçoit le Prix de la Fondation de la Vocation en 1979 pour Le doux visage de l'amour.

En 1979, il obtient son premier rôle au cinéma dans Le toubib, mais c'est sa prestation de proxénète dans Le Grand Pardon (1981) qui le rend familier aux yeux du grand public. Il multiplie ensuite les seconds rôles, apparaissant aux côtés de Lino Ventura dans La septième cible (1983) ou dans Subway (1985). C'est d'ailleurs ce film de Luc Besson qui lui permet d'obtenir en 1986 une nomination au César du meilleur acteur dans un second rôle. Il enchaîne alors les tournages, du drame L'été en pente douce à la comédie Mes meilleurs copains. C'est en 1987 qu'il rencontre Agnès Jaoui.

 

Dès 1989, le tandem Jaoui-Bacri va écrire et jouer des pièces de théâtre, souvent adaptées au cinéma, multiplier les scénarii, sans pour autant se refuser des rôles "séparément". D'abord Bacri dans La cité de la Peur (le film de Les Nuls en 1994), Didier (Chabat, 1997), Une femme de chambre (Claude Berri, 2002) ou Les sentiments (Noémie Lvovski, 2004) entre autres. Agnès Jaoui, plus tard dans une adaptation de 24 heures dans la vie d'une femme de Zweig, Une femme d'extérieur, Le rôle de sa vie (François Favrat, 2004), ou plus récemment La maison de Nina (2005).

 

Mais c'est ensemble qu'ils écrivent leurs plus grands succès. Cuisine et dépendances, Un air de famille, Smoking/No Smoking, On connaît la chanson, Le goût des autres ou encore Comme une image, autant de films qui nous sont familiers.

 

 
DU THEATRE AU CINEMA
 

En 1989, le couple écrit une première pièce, Cuisine et dépendances. La pièce est un triomphe, elle est jouée pendant de longs mois (1991-1992) avec succès.

 

Jacques (Sam Karmann) et Martine (Zabou) ont invité à dîner un ami qu'ils n'ont pas revu depuis 10 ans et qui entre-temps est devenu célèbre. Il arrive avec son épouse Charlotte (Agnès Jaoui) et deux de retard. Parmi les invités : Georges (Jean-Pierre Bacri), qui fut autrefois l'amant de Charlotte et vit provisoirement chez Jacques et Martine, et Fred (Jean-Pierre Darroussin), le frère de Martine, un joueur invétéré qui a emmené avec lui sa poule du moment. Georges boude, Fred gagne, Charlotte est lasse, Martine fulmine et Jacques essaye de sauver la face. Au début, Jacques et Martine sont très excités de recevoir cet ancien ami (?...), surtout parce qu'il est devenu célèbre. Ils n'ont pas la tête à se poser des questions. Fred ne voit pas l'intérêt de s'en poser, Georges s'en pose à tout bout de champ et ça n'avance à rien… Au salon, où la fête se donne, on pourrait trouver quelques réponses faciles mais c'est dans la cuisine que la pièce se joue. Peu à peu, les masques tombent.

Cuisine et dépendances dénonce le culte de l'argent, de la réussite sociale et fustige les idées reçues.

 

En 1993, la pièce est portée à l'écran par Philippe Muyl avec la même distribution. Le film est un succès.

 

Dans la lancée de ce succès, ils écrivent une deuxième pièce, Un air de famille, qui sera également portée à l'écran par Cédric Klapish cette fois.

C'est l'histoire d'un vendredi soir. Henri (Jean-Pierre Bacri) a repris le bar "Au père tranquille" à la mort de son père et attend, comme chaque vendredi soir, sa sœur, son frère, sa belle-sœur et sa mère pour le repas familial de la semaine. Mais ce soir-là va tout faire basculer. Son frère Philippe est passé à la télévision pour parler de son entreprise, c'est l'anniversaire de Yolande, la femme de Philippe et Henri apprend que sa femme le quitte, chose qu'il n'ose pas annoncer au reste de la famille. Pendant l'attente (vaine) de l'arrivée de la femme d'Henri, tout ce petit monde attend dans le bar (après la cuisine, encore un huis clos) et là encore les masques vont tomber un à un.

 

Le talent d'écriture du couple Jaoui-Bacri est évident. Les répliques font mouche. Et c'est avec sévérité mais sans réel cynisme qu'ils mettent le doigt là où ça fait mal, qu'ils nous mettent face à nos petites lâchetés, les difficultés dans les rapports de famille ou d'amitié.

Tout comme Cuisine et dépendances, Un air de famille est un succès. Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri sont maintenant des auteurs à succès.

 

C'est pour le cinéma maintenant qu'ils écriront. En 1993, ils adaptent la pièce Intimate exchanges de l'anglais Alan Ayckbourn pour une réalisation originale d'Alain Resnais, Smoking/No Smoking. Deux films. Pour la première fois, Jaoui et Bacri ne font qu'écrire et ne jouent pas.

 

Dans le petit village d'Hutton Buscel, en plein cœur de l'Angleterre, neuf personnages nous entraînent dans leur aventures domestiques, professionnelles, sentimentales, tour à tour cocasses ou tragiques. Au fil de leurs décisions et des petits et grands évènements de la vie quotidienne, les couples se font ou se défont, les êtres flambent ou sombrent, le destin bascule.

Il s'agit donc de deux films, Smoking et No Smoking. Deux acteurs pour neuf personnages (Sabine Azéma et Pierre Arditi endossent tous les rôles), douze fins possibles. C'est un pari fou et excitant sur les mille et une façons de déjouer le destin au coin d'une phrase. Le départ du film est un grand rangement de printemps. Celia Teasdale décide de fumer une cigarette (Smoking) ou non (No Smoking). A partir de là, chaque situation va donner lieu à des issues différentes ("Ou bien"). D'un point de départ unique, selon les décisions que vont prendre les personnages, les films vont s'ouvrir comme un arbre généalogique à l'envers, avec à terme, douze fins possibles.

 

Il s'agit là d'un pari audacieux et inédit. Mais le talent d'écriture du tandem Jaoui-Bacri fait de ce projet fou un triomphe. Le journal Libération écrira : "Mélo réussi, polar de première et comédie loufoque, Smoking/No Smoking est un manifeste pour la liberté, l'invention et la folie artistique."

 

Cette critique résume bien le travail du couple. Toujours à la recherche d'idées nouvelles, toujours vouloir bousculer le public en n'étant jamais là où on l'attend.

 

Toujours pour Alain Resnais, en 1997, ils écrivent et interprètent aux côtés de Sabine Azéma, Pierre Arditi, André Dussollier et Lambert Wilson un nouveau projet fou : On connaît la chanson. L'histoire de personnages qui n'ont rien en commun a priori mais qui se vont se croiser, se rencontrer, s'aimer, se déchirer… L'originalité du film est de ponctuer les répliques des comédiens d'extraits de chansons populaires (Serge Lama, Claude François, Charles Aznavour, Johnny Hallyday, Michel Jonasz, Serge Gainsbourg, France Gall…) que les acteurs interprètent en play-back à des moments choisis.

Comme dans tous leurs films, les personnages créés par le tandem sont des gens en quête de sens et d'équilibre, souvent loin de l'apparence qu'ils donnent. Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri aiment, je crois, gratter jusqu'à trouver la vérité des personnages, vérité cachée par les apparences.

 
 

AGNES JAOUI, REALISATRICE

 

Forte de plus de dix ans de succès dans l'écriture et le jeu, Agnès Jaoui décide en 2000 de réaliser son premier film, co-écrit avec son éternel complice.

Le goût des autres, c'est l'histoire d'un chef d'entreprise qui rencontre une actrice qui est amie avec une serveuse qui rencontre un garde du corps qui conduit une décoratrice qui est la femme du chef d'entreprise qui voudrait être ami avec des artistes qui, etc… C'est l'histoire des goûts des uns et des couleurs des autres. C'est l'histoire de personnages et de milieux qui n'auraient pas dû se rencontrer, car on ne bouscule pas les cadres de références et les barrières culturelles sans faire d'histoire.

 

Réunissant d'excellents acteurs (Anne Alvaro, Alain Chabat, Gérard Lanvin, Wladimir Yordanoff, Christiane Millet, Anne Le Ny, Jean-Pierre Bacri et elle-même), Agnès Jaoui signe un film très fort, toujours sur le thème des apparences, des personnages qui ne sont pas là où la société les a placés.

 

Quatre ans plus tard, en 2004, le couple reçoit le prix du meilleur scénario au Festival de Cannes pour leur nouvelle production, réalisée cette fois-ci encore par Agnès Jaoui, Comme une image.

 

C’est l’histoire d’une jeune fille de vingt ans, Lolita Cassard, qui en veut au monde entier parce qu’elle ne ressemble pas aux filles des magazines, en tout cas pas à sa jeune belle-mère, et qui aimerait tellement se trouver belle, au moins dans le regard de son père, trouver son regard tout simplement. Mais c’est aussi l’histoire d’un homme, Etienne Cassard qui regarde peu les autres, parce qu’il se regarde beaucoup lui-même et qu’il se sent vieillir, et qu’il a sûrement manqué d’amour lui aussi et qu’il a dû se battre pour trouver sa place. C’est l’histoire d’un écrivain, Pierre Miller, qui n’y croit plus, et qui doute de jamais rencontrer le succès, jusqu’au moment où il le rencontre et où il rencontre Etienne Cassard. C’est l’histoire d’une professeur de chant, Sylvia Miller, qui croit en son mari, en son talent en tout cas, mais qui doute du sien et de celui de son élève, Lolita. Jusqu’au moment où elle se rend compte qu’elle est la fille d’Etienne Cassard, cet auteur qu’elle admire tant.

C’est l’histoire d’êtres humains qui savent très bien ce qu’ils feraient s’ils étaient à la place des autres mais qui ne se débrouillent pas très bien à la leur, qui la cherchent tout simplement.

 

Comme une image est un film plus sombre que les précédents. Aucun personnage n'est "à sa place", ou en tout cas ils ne la trouvent pas. Certains s'améliorent, finissent par voir au-delà des apparences, mais d'autres, et notamment le personnage de Jean-Pierre Bacri, restent figés, incapables de se préoccuper d'autres personnes que d'eux-mêmes.

 
 
LES THEMES
 

Le thème principal des scénarii de Jaoui et Bacri est le rapport à l'autre. Le rapport de pouvoir surtout. Par l'argent, l'apparence ou pour des raisons familiales.

Ce qui semble intéresser le couple, c'est de faire tomber les masques, de voir ce qui se cache derrière l'apparence. On retrouve cette idée dans tous leurs écrits. Des personnages qui jouent un rôle pour donner le change, parce qu'ils veulent exister à tout prix, parce qu'il faut toujours être là où l'on est attendu.

L'humour inhérent à Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri fait passer des idées beaucoup moins légères, puisque nous retrouvons toujours dans chaque personnage un de nos travers, une de nos lâchetés. C'est un rire amer. On rit des personnages tout en riant de nous-mêmes puisque Jaoui et Bacri ne font que parler de l'humain, tout simplement.

 
COUPLE PHARE DU CINEMA FRANÇAIS?
 

Je n'aime pas trop cette expression, très cliché, mais il faut reconnaître que le duo compte dans le paysage cinématographique français.

De Cuisine et dépendances à Comme une image, le couple Jaoui-Bacri n'a jamais connu l'échec. Des entrées nombreuses pour chaque film, des salles combles pour chaque pièce. Meilleur scénario au Festival de Cannes pour Comme une image en 2004. César du meilleur scénario en 1994 (Smoking/No Smoking), 1997 (Un air de famille), 1998 (On connaît la chanson) et 2001 (Le goût des autres). César du meilleur film pour Agnès Jaoui en 2001 avec Le goût des autres. César du meilleur acteur dans un second rôle pour Bacri en 1998 (On connaît la chanson). César de la meilleure actrice dans un second rôle pour Jaoui la même année dans le même film.

 

Si on les aime tant, c'est peut-être qu'ils touchent juste parce qu'ils pensent juste…


...HB...

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