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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

Après avoir connu ses heures de gloire pendant les années 1960 et 1970, le genre du film policier français a traversé un immense désert de deux décennies. On découvre que depuis environ deux ans, affranchi des stéréotypes, le polar retrouve grâce auprès des réalisateurs et surtout du public. En effet, les récents succès de 36, quai des orfèvres d'Olivier Marchal, Le couperet de Costa-Gavras, De battre mon cœur s'est arrêté de Jacques Audiard (8 Césars en 2006) et Le petit lieutenant de Xavier Beauvois (César de la meilleure actrice pour Nathalie Baye en 2006) montrent un renaissance du genre au cinéma.

 

Les années 1960 et 1970 ont vu l'apogée du film noir et policier. Des films cultes comme Le pacha de Georges Lautner (avec Jean Gabin et André Pousse) ou les films de Jean-Pierre Melville, Le cercle rouge (Alain Delon, André Bourvil, Yves Montand) en particulier, peuplent les archives du cinéma français. Cette formidable époque pour le genre s'achèvera pour ainsi dire avec Le choix des armes d'Alain Corneau et Coup de torchon de Bertrand Tavernier, sortis tous deux en 1981. Dès les années 1980, le temps est fini des bons polars comme L'horloger de Saint-Paul, Le juge et l'assassin (Bertrand Tavernier), Police Python 357 (Alain Corneau) ou encore L'armée des ombres (Jean-Pierre Melville).

 

Dans les années 1980 et surtout 1990, plus particulièrement avec TF1 et Pierre Grimblat, la télévision va s'emparer du genre avec des séries en chaîne : Navarro, Commissaire Moulin, Julie Lescaut, Une femme d'honneur, Les Cordier… Des immenses succès d'audience. La télé venait de s'approprier le polar, toutes les chaînes s'y sont mises. Le réalisateur Luc Béraud constate que dans les séries, "tout le monde s'est mis à enquêter : l'instit', la kiné, l'infirmière, le prêtre…" et rajoute que "pour les patrons de chaîne, c'était tout bénef : la structure policière, dont la dramaturgie plaît toujours, permet de contrôler le récit et de dire qui sont les coupables, qui sont les innocents. Avec les années, le genre a perdu de sa substance pour devenir uniquement une façon de faire bouger le personnage."

 

Et c'est là le problème. Ces séries ne reflètent en rien le quotidien d'un commissariat de police ou le réel travail des policiers. Le cadre de la police n'est que prétexte à une quelconque action dramatique. Les situations sont souvent des images d'Epinal et ne montrent qu'un aspect du travail de la police : les grosses affaires. Car Olivier Marchal, ancien flic et réalisateur de 36, quai des orfèvres, précise bien que le quotidien d'un policier n'est pas de faire des courses-poursuites avec un revolver dans la poche, il y a aussi beaucoup de travail dans les bureaux, des recherches et des formalités administratives.

 

François Guérif, cinéphile et directeur de collection chez Rivages, donne un définition très juste du genre : "Le film policier est raconté du point de vue de la police, le thriller de celui de la victime et le film noir de celui du malfrat". L'essence même du genre a été dégradée par l'utilisation que la télévision en a faite, s'acquittant d'une diégèse et d'une crédibilité minimales au profit du divertissement pur.

 

Le vocabulaire utilisé dans les séries TV ou même dans certains films récents trahit un manque de recherche de réalisme évident. Le terme d'inspecteur n'existe plus en France depuis 1995, remplacé par lieutenant ; on ne trouve de mandats de perquisition qu'aux Etats-Unis…

 

Les séries TV et de nombreux films dits 'policiers' des années 1990 ont porté atteinte au genre lui-même. Xavier Beauvois, le réalisateur du Petit lieutenant, explique qu'il voulait faire un film humble et juste sur la réalité du métier de policier, loin des préjugés qu'il avait lui-même avant de se lancer dans la préparation du film. Il a déclaré vouloir donner au public qui paie pour voir un film au cinéma ou pour acheter un DVD plus que ce qu'on lui offre gratuitement à la télévision. D'ailleurs, si les scores des séries TV comme Julie Lescaut ou Navarro ont battu des recors d'audience, on compte de nombreux échecs au cinéma ces dernières années : Le cousin (Alain Corneau), A la petite semaine (Sam Karmann, qui jouait dans Navarro), Les araignées de la nuit et Tout est calme (Jean-Pierre Mocky), Scènes de crimes (Frédéric Schoendoerffer), J'irai au paradis car l'enfer est ici (Xavier Durringer) ou encore Ni pour ni contre (bien au contraire) (Cédric Klapish)…

La raison principale est que beaucoup de réalisateurs tournent des polars sur la base de films qu'ils ont vus ou de livres qu'ils ont lus et non sur celle du terrain.

 

En novembre 2004, avec la sortie de 36, quai des orfèvres, réalisé par Olivier Marchal, ancien policier lui-même, il y a du frémissement dans l'air. Le film enregistre plus de 2 millions d'entrées, chiffres que l'on avait pas revus depuis longtemps en France pour ce type de long-métrage, comme si le film policier français, que l'on disait moribond sur grand écran parce que phagocyté depuis les années 1980 par la télévision et incapable d'intéresser les spectateurs de cinéma qui préféraient les portes claquantes de la comédie, renaissait.

 

36, quai des orfèvres est un polar assez classique, dans l'esprit de ceux des années 1970, mais il va plus loin dans la psychologie des policiers. Son succès en salles tient sûrement, en partie, au fait que le film donne à voir quelque chose qu'une génération a manqué : le bon film policier français, sans les oripeaux artificiels dont la télévision l'avait vêtu.

 

Dans la lancée de ce succès, on voit apparaître sur les grands écrans en 2005 plusieurs films policiers français de qualité.

Le couperet de Costa-Gavras met en scène un homme (José Garcia) que le chômage va pousser au crime. Il s'agit là d'un thriller, puisque le point de vue est celui de la victime, maîtrisé et implacable. La victime (du chômage en l'occurrence) va se transformer en tueur.

Quelques semaines plus tard, De battre mon cœur s'est arrêté de Jacques Audiard suit un petit magouilleur (Romain Duris) décidé à trouver une autre raison de vivre (le piano). Le film, mélange de polar et de romantisme noir, obtient 8 Césars en 2006.

 

Le genre semble être relancé du côté des professionnels comme du public : plus de 2 millions d'entrées pour 36, quai des orfèvres, plus de 600 000 pour Le couperet (qui aurait pu faire plus s'il avait été mieux distribué) et plus d'un million d'entrées (inespérées) pour De battre mon cœur s'est arrêté. Plus d'entrées que pour L'antidote, avec Christian Clavier et Jacques Villeret, comédie poids lourd sortie au même moment, qui n'atteindra pas le million.

 

Le film policier français n'est donc pas mort mais il a changé de forme. Plus proche de la réalité, voire du reportage parfois…

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