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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

Catherine Breillat revient au cinéma avec son projet le plus personnel. Abus de faiblesse évoque sa mésaventure avec un arnaqueur professionnel et Isabelle Huppert incarne une femme hémiplégique victime de manipulation. Le meilleur film de la cinéaste et une chronique troublante de la dépendance.

 

 

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Victime d’une hémorragie cérébrale, Maud, cinéaste, se réveille un matin dans un corps à moitié mort qui la laisse hémiplégique, face à une solitude inéluctable. Alitée mais déterminée à poursuivre son projet de film, elle découvre Vilko, arnaqueur de célébrités, en regardant un talk-show télévisé. Son arrogance crève l’écran avec superbe : Maud le veut pour son prochain film. Ils se rencontrent. Il ne la quitte plus. Elle aussi, il l’escroque et lui emprunte des sommes astronomiques. Il lui prend tout mais lui donne une gaieté et une sorte de chaleur familiale. Ce film raconte l’abus de faiblesse dont Maud est victime.

 

 

 

 


 

Catherine Breillat filme les corps depuis une trentaine d'années dans un cinéma radical, souvent abstrait, toujours subversif, que ce soit Romance ou Anatomie de l'enfer (avec Rocco Siffredi), A ma sœur ! et Sex is comedy. La cinéaste développe un univers sexuel et froid où les corps expriment les tumultes intérieurs des personnages. En 2005, Breillat fait un AVC qui la laisse paralysée d'un côté. Sa rencontre avec Christophe Rocancourt, pour un projet de film, se soldera par une quasi-ruine de la réalisatrice à qui l'arnaqueur soutirera plus de 800 000 euros. Après avoir publié un récit, elle adapte son histoire au cinéma, avec un recul salutaire et en offrant une radiographie de la dépendance et de la manipulation.

 

Le plan d'ouverture du film est un drap blanc en gros plan, réceptacle de tous les fantasmes autour du cinéma de Breillat, mais aussi le drap blanc médical, celui dans lequel Isabelle Huppert, en plan-séquence fait une attaque cérébrale. Inutile de préciser que la performance de l'actrice est extraordinaire… Passée par la rééducation (avec un caméo de la cinéaste), Maud (le double cinématographique de Breillat), affaiblie et hémiplégique, veut revenir à son activité créatrice de réalisatrice. Elle rencontre un arnaqueur (Kool Shen, ex-moitié de NTM, qui épate autant que son comparse Joeystarr) qui la fascine et à qui elle veut confier le rôle principal de son prochain film. Vilko est un homme énigmatique, félin, au passé trouble et au charisme irrésistible. Petit à petit, Maud tombe sous son charme et les deux ne se quittent plus. Catherine Breillat montre plusieurs étapes et plusieurs pistes à la dépendance qui va naître. Loin d'une relation amoureuse, Maud est à la fois une petite fille et une femme de tête, à l'image de ce que l'on connaît de la sulfureuse cinéaste mais aussi d'Isabelle Huppert, relookée en petite fille SM. "Quand on est handicapée, il faut un look sado-maso" balance-t-elle.

 

La réussite du film tient au regard distancié de Breillat sur sa mésaventure. Sans pathos, elle décrypte sa descente aux enfers, celui de la dépendance. Elle signe les chèques sans vraiment comprendre pourquoi. D'ailleurs, dans la sublime séquence finale, Isabelle Huppert, qui finit par nous regarder dans les yeux, assènera : "C'était moi mais c'était pas moi !" La mise en scène clinique et vertigineuse nous permet d'observer (froidement) une femme qui sombre. Pourtant, on ne peut pas voir Maud / Breillat uniquement comme une victime tant le rapport avec l'arnaqueur est ambigu, entre affection, violence, manipulation et amitié. Isabelle Huppert excelle dans l'incarnation de cette femme consciente qu'elle va à sa perte, se cognant sans cesse contre le même obstacle qu'elle semble ne pas pouvoir éviter. Catherine Breillat, qui aime tant manipuler les hommes dans son cinéma, filme à son tour une femme qui devient l'objet d'un prédateur. Cet "abus de faiblesse" pourrait, en quelque sorte, s'apparenter à la dépendance à l'alcool ou à la drogue, entre dépossession de soi et déclassement social. Breillat signe son film le plus émouvant, le plus personnel, sans rien perdre de sa radicalité.

 

 

...HB...

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