Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

En compétition au Festival de Cannes, Adieu au langage est le nouveau long-métrage de Jean-Luc Godard. Un film expérimental tourné en 3D dans lequel le cinéaste évoque à sa manière un monde devenu incompréhensible et continue de déconstruire la narration.

 

 

Affiche-Adieu-au-langage.jpg

 


"Le propos est simple. Une femme mariée et un homme libre se rencontrent. Ils s'aiment, se disputent, les coups pleuvent. Un chien erre entre ville et campagne. Les saisons passent. L'homme et la femme se retrouvent. Le chien se trouve entre eux. L'autre est dans l'un. L'un est dans l'autre. Et ce sont les trois personnes. L'ancien mari fait tout exploser. Un deuxième film commence. Le même que le premier. Et pourtant pas. De l'espèce humaine on passe à la métaphore. Ca finira par des aboiements. Et des cris de bébé."

 

 

 

 


 

Un film de Jean-Luc Godard ne laisse jamais indifférent. Le cinéaste suisse a traversé l'histoire du cinéma avec des périodes aussi différentes que passionnantes. Les années 60 ont vu naître des classiques (A bout de souffle, Le mépris, Bande à part, Pierrot le fou…) avant que mai 68 ne bouleverse tout, avec un cinéma plus militant et un travail de précurseur sur la vidéo dans les années 70. Les années 80 ont vu renaître le succès populaire (Sauve qui peut (la vie), Carmen, Détective…) puis le maître est retourné à ses expérimentations, dont la dernière en date (Film Socialisme) avait dérouté la Croisette en 2010. A 83 ans, Godard, passionné de nouvelles technologies, explore pour la première fois la 3D et en fait un usage aussi personnel que poétique. Il prend un malin plaisir à déranger le spectateur en l'amenant parfois à loucher (ou à vérifier ses lunettes 3D).

 

Adieu au langage signerait-il la révérence du maître ? Rien n'est moins sûr. Ce film expérimental fait fi, justement, du langage. "Ah Dieux Oh Langage" peut-on lire sur des cartons en surimpression 3D. Plus qu'un objet de cinéma classique, le film est un montage foutraque, un collage-mixage inventif qui percute toutes les conventions cinématographiques. Entre archives, mots et images filmées avec différents appareils, Godard rassemble une histoire du XXème siècle, de ses dérives (le nazisme et la folie d'Hitler) comme de sa culture (nombreux extraits de films et citations littéraires) ou de ses penseurs les plus respectés, notamment Jacques Ellul, dont il est dit en voix off qu'il avait "annoncé et compris dès 1947, avant tout le monde, la portée du nucléaire, les OGM…" Godard brocarde l'aliénation due au progrès scientifique (une séquence d'échanges de smartphones assez cocasse) et offre une variation autour du couple. La femme réclame (toujours) l'émancipation tandis que l'homme considère que le seul lieu de l'égalité est la cuvette des toilettes, la défécation plaçant l'humanité entière sur un pied d'égalité. Dans sa lancée scatologique, il déclare, tel un aphorisme, "La pensée devient caca."

 

Semblant se détacher du monde humain, Godard donne à son chien Roxy (magnifique animal de compagnie du réalisateur) un rôle de premier plan. La voix off nous précise que le chien est le seul être à aimer quelqu'un plus qu'il ne s'aime lui-même. On sait le cinéaste de plus en plus misanthrope et le chien prend dans le film la place d'un pur être philosophique. Difficile de résumer ce film kaléidoscope mais Godard réussit le tour de force de passionner encore avec son génie, celui d'exploser les codes du cinéma pour en faire sa propre matière poétique...

 

 


...HB... 

Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog