Partager l'article ! "Another Happy Day", un film de Sam Levinson: Pour son premier film, Sam Levinson s'attaque à une comédie dramatique chorale, ...
Pour son premier film, Sam Levinson s'attaque à une comédie dramatique chorale, Another Happy Day. Une famille est réunie pour un mariage où les non-dits, les rivalités et les névroses des uns et des autres vont faire des étincelles. Drôle, émouvant et grave.
Lynn débarque chez ses parents pour le mariage de son fils aîné, Dylan. Elle est accompagnée de ses deux plus
jeunes fils, Ben et Elliot. La propension de ce dernier à mélanger alcool, drogues et médicaments ne le prive pas d'une certaine lucidité sur la joie des réunions de famille. Et la réunion, de
fait, est joyeuse : grands-parents réac, tantes médisantes, cousins irrémédiablement beauf. Sans compter le premier mari de Lynn qui arrive flanqué de sa nouvelle femme tyrannique. Chaque matin
annonce décidément un nouveau jour de bonheur.
Une comédie sur des adultes en guerre, des ados en crise et le mariage qui les rassemble tous... pour meilleur
et pour le pire.
Sam Levinson, 27 ans, est le fils de Barry Levinson (Rain Man, Good Morning Vietnam…). Famille de
cinéma donc. Lorsqu'il propose le scénario à Ellen Barkin, l'actrice principale et géniale du film, celle-ci accepte sans se rendre compte qu'il s'agit du fils du réalisateur avec qui elle a
travaillé des années auparavant. On peut donc difficilement parler de fils à papa. Le fiston a juste demandé à son père de lire le scénario pour donner son avis et ce dernier lui a juste
conseillé de le tourner… Au final, Another Happy Day a reçu un accueil positif, avec le prix du meilleur scénario au prestigieux Festival de Sundance.
Le film commence sur le trajet en voiture pour aller chez les parents de Lynn avec ses deux derniers enfants, dont
l'un revient d'une nouvelle cure de désintox et l'autre, qui la filme avec son caméscope, présente des syndromes autistiques. Cette scène d'ouverture permet en outre de présenter assez habilement
les autres membres de la famille par le biais de questions posées à la mère par ses enfants sous prétexte d'un documentaire sur la famille réalisé par le plus jeune fils. Lynn (épatante Ellen
Barkin, qui porte en partie le film) est en quelque sorte l'image de la mauvaise fille et de la mauvaise mère. Elle ne répond pas aux attentes de sa famille, ses enfants considérant que le seul
de ses fils à peu près normal est celui qu'elle n'a pas élevé. Côté parents de Lynn, on trouve un père malade, au crépuscule de sa vie, et une mère qui ne comprend pas les "erreurs" de vie de sa
fille et surtout son besoin d'exprimer toujours de qu'elle ressent dans une famille où les non-dits règnent depuis des générations. Une prétendue pudeur cache mal une incapacité de cette vieille
femme à montrer son amour.
La confirmation du film est la prestation extraordinaire d'Ezra Miller, déjà repéré l'année dernière dans
l'excellent We need to talk about Kevin (lire l'article du 30 septembre
2011). Le jeune homme, d'une beauté sombre et troublante, distille un cynisme, une violence et une fragilité qu'il est impressionnant de rendre à son âge. Il porte un regard à la fois tendre,
désabusé et condescendant sur cette famille qu'il considère comme faite de fous furieux. Demi Moore tient elle aussi un rôle appréciable et étonnant, celui de la nouvelle femme, aussi autoritaire
que superficielle, du premier mari de Lynn. Dans une très jolie scène lors de la soirée de mariage, elle danse sur la piste, comme une adolescente, au centre d'une famille déchirée, sur une
bande-son que le spectateur n'entend pas puisque le réalisateur a décidé de la remplacer par une BO mélancolique signée Olafur Arnalds.
Another Happy Day montre, un mois après l'immense Take shelter de Jeff Nichols (lire l'article du 7 janvier 2012), la bonne forme du cinéma indépendant américain. Sam Levinson, un
cinéaste prometteur…
...HB...
Commentaires