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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

Claus Drexel signe le premier documentaire choc de l'année, Au bord du monde. Le cinéaste donne la parole à des sans-abri dans la beauté crépusculaire d'un Paris nocturne. Témoignage rare et essentiel.

 

 

Affiche-Au-bord-du-monde.jpg


 

Paris, la nuit. C’est ici que vivent Jeni, Wenceslas, Christine, Pascal et les autres. Sans-abri, ils hantent trottoirs, ponts et couloirs du métro, au bord d’un monde où la société ne protège plus. Ils nous font face, ils nous parlent.

 

 

 

 


 

Après avoir réalisé de nombreux films institutionnels et un premier long-métrage mêlant comédie et thriller (Affaire de famille en 2008), Claus Drexel change de registre et propose un projet auquel il pense depuis longtemps : filmer les SDF. On pourrait craindre dans ce genre d'aventure un sentimentalisme dégoulinant ou un militantisme maladroit. Ici, rien de tout ça. Sa rencontre avec le photographe Sylvain Leser a été déterminante. Celui qui photographie ces hommes et ces femmes de la rue depuis des années a, en quelque sorte, gagné leur confiance parce qu'il travaille avec eux dans le respect de leur intégrité humaine. En choisissant de les filmer dans Paris, la nuit, dans une ville désertée de tous ses habitants, Claus Drexel fait le choix de l'esthétisme. Les lumières sublimes et le choix du grand angle sont des idées de génie.

 

Jeni, Wenceslas, Pascal, Christine, Michel et les autres sont comme des spectres, ignorés, voire méprisés par les passants, vivant en marge d'une société qui ne se soucie guère (ou si peu) de leur sort. Avec plus ou moins de lucidité, ils témoignent, offrent leur vision du monde, expliquent -parfois- ce qui les a amené dans la rue. Pascal a descendu l'échelle sociale (chômage, divorce…) alors que Christine a subi un traumatisme, mettant également son mari et ses enfants (qu'elle a perdus de vue) à la rue. Peu importe quelle est la part de vérité dans son histoire confuse, son témoignage est celui d'une femme qui survit en attente d'une réponse. Certains semblent avoir basculé dans un autre monde, comme Jeni, poupée trash et dégradée qui se cache derrière de grosses lunettes noires sur les Champs-Elysées, ou Alexandre, qui déclame des prophéties apocalyptiques. Tous ont de sérieux problèmes psychiatriques (Michel voudrait des médicaments) qui, non traités et accompagnés d'accidents de la vie, les ont fait basculer dans cette situation. Mais ils acceptent, d'une certaine manière, leur vie avec philosophie. Pascal est fier d'avoir pu construire sa "cabane", avec des cartons, des palettes, des journaux.

 

Le regard si humain de Claus Drexel sur ces hommes et ces femmes leur permet d'être, le temps d'un film, "nos frères", comme les appelle le photographe Sylvain Leser, qui consacre une partie de sa vie à les accompagner. Le bien nommé Au bord du monde nous offre ces moments rares d'échanges filmés entre juin 2012 et mars 2013, considérés par le réalisateur comme "des discussions entre amis" plus que des interviews. Ce documentaire essentiel et bouleversant est à voir absolument dans les quelques salles qui le projettent.

 

 

...HB...

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