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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

Le deuxième film de Peter Strickland, Berberian Sound Studio, entre film de genre et expérimentation, séduit par sa mise en scène et son esthétisme. Hommage au film d'exploitation des années 70, c'est la belle découverte du mois.

 

 

Affiche-Berberian-Sound-Studio.jpg


 

1976 : Berberian Sound Studio est l'un des studios de postproduction les moins chers et les plus miteux d'Italie. Seuls les films d'horreur les plus sordides y font appel pour le montage et le mixage de leur bande sonore. Gilderoy, un ingénieur du son naïf et introverti tout droit débarqué d'Angleterre, est chargé d'orchestrer le mixage du dernier film de Santini, le maestro de l'horreur. Laissant derrière lui l'atmosphère bon enfant du documentaire britannique, Gilderoy se retrouve plongé dans l'univers inconnu des films d'exploitation, pris dans un milieu hostile, entre actrices grinçantes, techniciens capricieux et bureaucrates récalcitrants. À mesure que les actrices se succèdent pour enregistrer une litanie de hurlements stridents, et que d'innocents légumes périssent sous les coups répétés de couteaux et de machettes destinés aux bruitages, Gilderoy doit affronter ses propres démons afin de ne pas sombrer…

 

 

 

 


 

Difficile de classer Berberian Sound Studio. Avec ce film, Peter Strickland rend hommage au film d'exploitation des années 70 et particulièrement au giallo, film italien glauque, érotique et sanglant, représenté par Dario Argento en premier lieu. Toby Jones (toujours excellent) incarne Gilderoy, un mixeur anglais un peu coincé qui débarque dans un studio à Rome pour travailler sur un film dont il ignore tout. Il va se retrouver confronté à un genre qu'il ne connaît pas et ses propres réserves vont être mises à mal. Gilderoy est le personnage type des films d'Hitchcock, fils à maman timide et tourmenté qui n'a jamais quitté le giron maternel. D'ailleurs, il ne semble apaisé que lorsqu'il reçoit les missives (aussi inquiétantes que rassurantes) de sa mère possessive. Tyrannisé par un producteur patibulaire, Gilderoy enregistre les bruitages de chair brûlée (de la graisse sur une poêle chaude), de coups au visage (pastèques tranchées) ou de cheveux arrachés (queues de radis déchiquetées).

 

Du film (The Equestrian Vortex), on ne verrait rien de plus que le générique de début, rouge vif et abstrait. Les images, décrites par la voix d'un réalisateur fantoche et prétentieux, sont laissées à l'imagination du spectateur par le biais du visage de Gilderoy, d'abord effrayé puis fasciné. Cette idée de mise en scène, Peter Strickland n'en dérogera pas. Il s'intéresse, surtout dans une première partie, au hors-champ des métiers de l'ombre, dévoilant tout le matériel de la post-production, avec l'amour fétichiste des bobines de film aujourd'hui disparues. Strickland travaille sur les clichés du giallo, tout en gardant l'essence de ce cinéma d'exploitation. Des plans sublimes montrent les visages des acteurs de doublage en train de crier d'effroi ou le regard de Gilderoy dévoré par des démons. Car au fur et à mesure du mixage, l'artiste va être confronté à des visions, des cauchemars de plus en plus violents, visuellement dignes du giallo. On est parfois proche de Cronenberg quand la fiction contamine le réel, mais c'est surtout à David Lynch (Mulholland Drive en particulier) que l'on pense dans la seconde partie, où Gilderoy bascule dans un trip dont on ne sait plus bien s'il est fantasmé ou non. De plus, un voyant rouge clignotant "SILENZIO" revient comme un mantra pendant tout le film. Strickland rend hommage à Lynch qui rend hommage à Godard.

 

Berberian Sound Studio est un spectacle jouissif et cinéphile, qui s'amuse avec les codes du film de genre et réinvente sans cesse sa mise en scène. Les dernières vingt minutes sont un festival d'idées géniales et d'audace stylistiques. Une réflexion sur le 7ème art et une déclaration d'amour au cinéma. Prix du Jury et de la Critique à Gérardmer.

 

 

...HB...

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