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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

Pascale Ferran signe Bird People, son quatrième long-métrage en vingt ans. Cette réalisatrice rare captive toujours autant par la précision de son scénario et de sa mise en scène. Une chronique de la solitude contemporaine et la possibilité d'une transformation.

 

 

Affiche-Bird-People.jpg


 

En transit dans un hôtel international près de Roissy, un ingénieur en informatique américain, soumis à de très lourdes pressions professionnelles et affectives, décide de changer radicalement le cours de sa vie. Quelques heures plus tard, une jeune femme de chambre de l’hôtel, qui vit dans un entre-deux provisoire, voit son existence basculer à la suite d’un événement surnaturel.

 

 

 

 

 


Après avoir enchaîné Petits arrangements avec les morts (1994) et L'âge des possibles (1995), Pascale Ferran a attendu plus de dix ans avant de livrer Lady Chatterley (2006), raflant cinq César dont meilleur film et meilleure actrice (Marina Hands dans son plus beau rôle). Pour son quatrième long, après huit ans d'absence dus au rythme naturel de la cinéaste, selon ses propos, ainsi qu'à une longue postproduction (le tournage et les effets spéciaux compliqués avec l'oiseau), elle offre un double portrait, en deux parties, "Gary" et "Audrey", du nom des deux personnages principaux incarnés par Josh Charles et Anaïs Demoustier.

 

L'ouverture du film est magistrale. En vol d'oiseau (forcément), la caméra capte l'agitation anonyme des couloirs du RER, des vies qui tournent sur elles-mêmes et de la solitude des transports qui n'ont d'en commun que le nom. Chaque personnage, anonyme, est filmé avec sa pensée dite en voix off, son propre univers sonore relié à sa perception du monde à cet instant (une chanson, une liste de courses, une conversation téléphonique…). Audrey (Anaïs Demoustier, toujours parfaite), jeune étudiante au regard perdu, se rend à Roissy où elle travaille comme femme de chambre dans un grand hôtel international. C'est là aussi que l'on retrouve Gary (Josh Charles), un homme d'affaires, représentant le train de vie si successful des Etats-Unis (une belle carrière internationale, une belle femme, des enfants, une grande maison que l'on devinera dans une conférence Skype). Mais Gary n'en peut plus et, après une crise d'angoisse nocturne, il décide de tout quitter, boulot et famille, et de ne pas prendre l'avion retour. C'est le vrai démarrage du film. La scène de rupture, longue et douloureuse, sur Skype, est une séquence d'anthologie. On bascule chez Bergman et Gary confesse avoir l'impression d'être "un morceau de sucre qui se dissout au fond d'une tasse."

 

Partout, les moineaux volent, eux, sans affolement. Gary et Audrey, tour à tour, les observent. Naturaliste, le film connaît une franche rupture, un twist génial et totalement inattendu. Sur un tube de David Bowie, le film décolle (on est à proximité d'un aéroport, après tout) pour nous arracher au morne quotidien des soldats (malgré eux ou non) du capitalisme qui les enchaîne. Pascale Ferran célèbre le rêve et la liberté. Bird People est à la fois un beau film politique et aussi un grand film onirique dont l'audace est à l'image de sa réalisatrice : exigeante. Du grand cinéma.

 

 

...HB...

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