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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Musique

 

L'inclassable Brigitte Fontaine revient avec un nouvel album, J'ai l'honneur d'être, aux sonorités pop-rock. Avec une plume toujours aiguisée sur des musiques du fidèle Areski Belkacem, la chanteuse continue de visiter ses démons et ses combats.

 

 

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Quatre ans après l'impérial Prohibition (lire l'article du 9 octobre 2009), qui renouait avec des combats politiques et des préoccupations spirituelles, Brigitte Fontaine poursuit dans cette veine avec J'ai l'honneur d'être, sur des arrangements plus rock. Entre temps, elle a livré un album de duos (L'un n'empêche pas l'autre, 2011) passé plutôt inaperçu. Dès cet été, c'est le single Crazy Horse, mis en image par Enki Bilal, qui annonçait cette nouvelle parution. Un texte sombre évoquant le parcours d'une jeune femme, Lola, mise en prison pour avoir volé "des bifteks, des poupées / Pour [s]es petits enfants / Aux yeux d'anges mourants" et qui, après avoir subi les pires sévices en prison, se retrouve "aux Assises". Ce n'est pas la première fois que la chanteuse aborde le sujet de la prison. Le dernier titre (Je suis un poète) de son précédent album se refermait sur un cri anticarcéral : "Ouvrez les prisons. Elles nous tuent !"

 

 

 

 


 

Pour ce nouvel opus, Brigitte Fontaine cisèle toujours ses textes avec la précision clinique qu'on lui connaît et une poésie tantôt crue, tantôt romantique. "Son amant pleine de grâce / Prince mauve à deux faces / Dans la nuit sidérale / Et les lueurs d'or pâle" chante-t-elle dans le très beau Sur une mer gelée. D'autres textes sont plus fiévreux, comme Crazy Horse ou Au diable Dieu, hymne anticlérical. Le sexe est également de la partie avec le troublant Delta ("J'ai un joli delta / une échine de chat (…) Mais moi j'aime bien mieux / les lascars un peu vieux / à la chair bien compacte") ou Les hommes préfèrent les hommes, déclaration d'amour gay. Les morceaux plus potaches ne manquent pas à l'appel (Les crocs, J'aime), tout comme les fines chansons d'amour décalées (Amour poubelle).

 

"J'aime les avis les moins partagés" écrit-elle dans Dîner en ville et on ne s'étonnera pas de son constat, Brigitte Fontaine représentant depuis plus de quarante ans une chanson française inclassable, parfois marginale mais toujours authentique, saluant Gainsbourg et Ferré mais collaborant par le passé avec de plus jeunes pousses comme Noir Désir, Mathieu Chédid ou Sonic Youth. Elle se révèle plus tendre et d'une émotion presqu'inattendue sur la piste finale, Père, hommage bouleversant à son papa disparu trop tôt : "Père dont le plaisir / Est combler nos désirs (…) Tu m'aimais sans le dire / Mais avant de mourir / Tu m'as dit mon amour / C'est dans mon cœur toujours (…) Je t'aime et je le dis / A toi qui est parti / Trop tôt pour que tu saches / Mon amour qui se lâche."

 

Pour le lancement de ce disque, Brigitte Fontaine était ce 28 septembre sur la scène de la première édition du festival Coconut, à Saintes, en Charente Maritime. Pendant un set d'1h20, elle a interprété de larges extraits de ce nouvel effort ainsi que quelques désormais classiques (Demie clocharde, Conne, Prohibition, Soufi). Un concert émouvant qui mêle une force incroyable et une fragilité physique évidente, la dame est frêle mais toujours punk. Un grand moment de chanson française et une artiste indispensable.

 

 

...HB...

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