Après son Prix d'Interprétation à Cannes en mai dernier pour Antichrist (lire l'article du 18 juin 2009), l'année 2009 continue pour la prolifique Charlotte Gainsbourg puisqu'en parallèle de la sortie de Persécution, le nouveau film de Patrice Chéreau, elle publie IRM, son troisième écrit et produit par Beck.
En 2006, Charlotte Gainsbourg enregistrait un album pour la première fois depuis vingt ans et pour la première fois sans la direction de son père. Avec Air, Jarvis Cocker ou encore Neil Hannon, elle publie 5:55 qui se vend à 500 000 exemplaires (dont 300 000 en France). Après le succès mérité de ce disque, elle se replonge dans le cinéma. En 2009, elle revient avec ce disque entièrement conçu par Beck et elle-même.
L'artiste Beck, révélé il y a une quinzaine d'années, est un musicien extrêmement doué et touche-à-tout (pop, rock, funk, électro…). C'est lui qui a organisé le projet IRM. Il a écrit et composé tous les titres avec la participation de Charlotte Gainsbourg pour certains textes et pour la première fois. Elle en témoigne : "Il m'a poussé à écrire en français, j'ai essayé, mais je trouve ça difficile en chanson. (…) Je me suis donc contentée de sélectionner des poésies d'Apollinaire et de les dire". Dans ce disque très réussi et varié, se côtoient ballades pop, sonorités électro, rock, folk, percussions africaines, tout un monde. L'album correspond selon l'intéressée à son état d'esprit au moment de l'enregistrement. "J'avais emporté avec moi un recueil d'Apollinaire dans lequel j'ai pioché des thèmes (le mémoire, le temps, la mort) pour La Collectionneuse". Autre référence littéraire, Lewis Caroll et son De l'autre côté du miroir pour le morceau Looking glass blues, disponible sur l'édition "deluxe". Le disque est porté par le single Heaven can wait, en duo avec Beck, qui n'est pas sans rappeler les ballades des Beatles.
Beck joue de tous les instruments, assure les chœurs (et même un duo), conçoit et produit IRM mais Charlotte Gainsbourg a pris une part plus active, selon elle, que dans la réalisation du précédent disque. "On écrivait ensemble dans le studio, chacun dans son coin au début, et puis il m'a vraiment sollicitée, en guettant mes réactions, en les intégrant à son travail" déclare-t-elle. Beck lui a fait découvrir des artistes importants de la scène indie comme la géniale M.I.A., le grand groupe Animal Collective ou Grizzly Bear. La chanson Voyage est une variation sur Voyage au bout de la nuit de Céline, que la chanteuse venait de lire. L'écriture étrange et l'ambiance fantomatique sont un joli exemple de la collaboration entre Beck et sa muse. On retrouve aussi une reprise, celle d'une chanson québécoise des années 1970, Le chat du Café des Artistes, au texte ironique et que Serge Gainsbourg aurait certainement apprécié. D'ailleurs, si Beck n'a jamais évoqué le père de la chanteuse, on entend de nombreuses références ; les arrangements de Vanities et Le chat du Café des Artistes font sérieusement penser à la collaboration du maître avec Jean-Claude Vannier sur L'histoire de Melody Nelson et L'homme à la tête de chou. La chanson IRM, qui donne son nom à l'album et compte parmi les meilleures, est basée sur le véritable bruit des IRM (Imagerie par Résonance Magnétique). Charlotte Gainsbourg en a subi énormément en 2007, suite à son accident cérébral et ces lourdes basses électro donne un aspect oppressant au morceau, sensation vécue dans les cabines où elle passait ces examens.
L'album est enthousiasmant du début à la fin, mais les chansons que je préfère sont sûrement IRM, Time of the assassins, Vanities, Greenwich Mean Time, Trick Pony ou In the end. A 38 ans, Charlotte Gainsbourg est une artiste épanouie et accomplie. Elle envisage même de monter sur scène et de donner des concerts pour la première fois au printemps 2010.
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