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Un cinéphile dans la ville.

Un cinéphile dans la ville.

Critiques ciné et autres.

Publié le par ...HB...
Publié dans : #Cinéma

 

Plus de cinquante ans après sa sortie, le deuxième long-métrage d'Agnès Varda, Cléo de 5 à 7, ressort en salles dans une version restaurée. Au début de la Nouvelle Vague, la cinéaste propose, en temps réel, le parcours dans Paris d'une jeune femme qui se pense condamnée. Une déclaration d'amour à Paris et un film sensible sur notre condition de mortels.

 

 

Affiche-Cleo-de-5-a-7.jpg


 

Cléo, belle et chanteuse, attend les résultats d'une analyse médicale. De la superstition à la peur, de la rue de Rivoli au Café de Dôme, de la coquetterie à l'angoisse, de chez elle au Parc Montsouris, Cléo vit quatre-vingt-dix minutes particulières. Son amant, son musicien, une amie puis un soldat lui ouvrent les yeux sur le monde.

 

 

 

 


 

En 1961, alors que Godard, Chabrol ou Truffaut commencent à bousculer le cinéma français avec ce qui devient la célèbre Nouvelle Vague, Agnès Varda a déjà un long et plusieurs courts-métrages à son actif. Elle choisit de tourner à Paris Cléo de 5 à 7, dans un noir et blanc somptueux et sous la houlette du producteur Georges de Beauregard (qui finance presque tous les films de la Nouvelle Vague). Cléo est une jeune chanteuse et elle attend les résultats d'examens médicaux avec angoisse : elle est persuadée d'avoir un cancer, incurable qui plus est. De 5 à 7 (de 17h à 18h30 pour être précis), elle va arpenter les rues de Paris, passant par des cafés, par son appartement, se déplaçant en bus, à pied ou en voiture.

 

Dans un prologue à la mise en scène quasiment expérimentale, mélangeant couleur et noir et blanc, une cartomancienne prédit le sort funeste de Cléo, qui s'enfuit, effrayée par cet oracle digne d'une tragédie grecque. Pour ne pas mourir, elle va tuer le temps pendant les 90 minutes qui la sépare du verdict. Au fil de sa déambulation, elle retrouve sa gouvernante (maternelle, à la fois compréhensive et sévère) puis tente de répéter avec ses musiciens (Michel Legrand, pianiste fou). La chanson Sans toi, bouleversante complainte écrite par Varda sur la musique de Legrand, met l'héroïne à nu et la confronte encore à son angoisse de la mort. Elle enlève sa perruque (ses artifices donc) et retourne déambuler dans Paris.

 

La subtilité du cinéma de Varda, c'est aussi de rendre les petits détails signifiants. Après le narcissisme certain de Cléo dans la première partie, la déambulation parisienne tourne à l'ouverture aux autres. Elle rencontre des bonimenteurs, écoute les conversations dans les cafés, rejoint une amie modèle aux Beaux-Arts et son fiancé projectionniste qui leur montre un vieux court-métrage burlesque… en réalité segment réalisé également par Agnès Varda. Ce petit film dans le film (Les Fiancés du Pont MacDonald) met en scène les amis de la cinéaste : Jean-Luc Godard (sans lunettes noires !), Anna Karina, Sami Frey, Danièle Delorme, Yves Robert ou encore Jean-Claude Brialy. Cette parenthèse ludique traite, sur le ton du gag, du même sujet que le long-métrage : notre fragilité face au hasard et à la possibilité de notre mort. Une dernière rencontre, et pas des moindres, celle avec Antoine, au Parc Montsouris, va achever cette errance parisienne et nous mener à la l'hôpital de la Pitié Salpêtrière pour connaître le résultat des examens. Mais l'enjeu du film est ailleurs, dans l'évocation de Paris comme moteur de vie et dans la confrontation de Cléo (plus largement du genre humain) avec sa propre mort. Derrière son apparente légèreté, Cléo de 5 à 7 est un petit manifeste de survie dans un monde dont rien (et surtout pas notre disparition) ne peut arrêter le cours. Une perle poétique autant qu'un témoignage de la vie parisienne, à (re)découvrir.

 

 

...HB...

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